Le festival de Cannes ferme à peine ses marches. Les Assises Internationales du Roman commence à Lyon. Le Festival du spectacle vivant La voix est libre s’ouvre à Paris. Il y a les artistes, les créateurs et autour d’eux les entreprises qui développent, produisent, distribuent, diffusent, vendent leur oeuvres.

Comment les entreprises culturelles survivent-elles au départ de leur créateur ou de leur dirigeant? C’est une question cruciale de politique publique dans un pays où la transmission ou reprise d’entreprise est l’une des plus faibles de l’Union Européenne (6% de transmissions familiales en France, 58% en Allemagne, 72% en Italie) alors plus de 80 dispositifs d’aide à la reprise ou transmission existent. Et pendant que  toute la génération du Baby Boom se rapproche fortement de l’idée de passer un peu la main. Le DEPS publie cette étude que nous avons mené à sa demande avec FTMS&Associés.

Dans les secteurs culturels comme dans l’ensemble des secteurs économiques, la question de la transmission se pose le plus souvent tard, au moment de la cessation d’activité du dirigeant. Rarement anticipée, peu préparée et souvent mal vécue, la transmission est pourtant essentielle à la préservation de l’emploi et des compétences et à la diversité du tissu entrepreneurial.

Les repreneurs doivent faire face à des problèmes d’accès au financement et expriment un besoin d’accompagnement et de sensibilisation. Les secteurs culturels se distinguent par la taille modeste des entreprises culturelles reprises et leur faible nombre d’emplois.

Selon le type d’activité, les différents secteurs culturels présentent toutefois des caractéristiques différentes face à la question de la transmission/reprise.

  • Pour les activités proches de la création et de la production (galeries d’art ou production cinématographique par exemple), la reprise est assez rare ; ce mode de création d’entreprise serait même à l’opposé de l’esprit de l’entrepreneur culturel qui se lance pour affirmer une vision artistique. Dans ces activités, les entreprises se structurent autour de la constitution d’un catalogue, cédé lors de la cessation d’activité, et comptent peu de salariés, essentiellement intermittents. La transmission n’apparaît donc pas comme un enjeu. Pour autant, les entreprises reprises dans ces secteurs ont un taux de survie supérieur à celui des créations ex nihilo.
  • Dans les activités proches de la diffusion et du commerce (librairies, théâtres privés et exploitation cinématographique par exemple), la crise de 2008 marque une rupture (dont on ne sait pas si elle sera durable). En 2006, 60 % des créations se faisaient par reprise, contre 32 % en 2010. Les deux principaux dispositifs d’aide spécifiques identifiés pour la transmission/reprise existent depuis plus de vingt ans, signe que l’enjeu n’est pas nouveau pour ces secteurs. Le dispositif de l’ADELC pour les librairies consiste en une entrée au capital des librairies à hauteur de 5 % pour une durée de cinq à douze ans. Dans le théâtre privé, le dispositif de l’ASTP est un prêt remboursable sur une période aménagée de moins de dix ans. Ces deux dispositifs répondent à un double objectif : maintenir la diversité en évitant une trop forte concentration d’une part, et permettre à des repreneurs, professionnels du secteur, ne disposant pas forcément de fonds propres importants, de reprendre ces entreprises. La Fédération nationale des cinémas français étudie la possibilité de créer un tel dispositif avec le soutien de l’IFCIC.
  • Dans les activités culturelles qui se situent au centre de la chaîne de valeur, à distance égale entre création pure et commerce (architecture et production audiovisuelle par exemple), la faiblesse ou les difficultés de transmission/reprises illustrent un manque de structuration des entreprises de ces secteurs. Depuis vingt ans, une partie des agences d’architecture se sont transformées pour se développer, exporter leur savoir-faire et salarier leurs équipes pour mieux les protéger juridiquement et socialement, une mutation vers le modèle de l’entreprise qui facilite aujourd’hui la vente et la transmission des agences. Mais l’une des difficultés reste celle de l’accès des jeunes ne disposant par de fonds propres à la reprise. À l’instar du secteur de l’architecture il y a vingt ans, celui de la production audiovisuelle semble souffrir aujourd’hui d’une trop grande atomisation des sociétés, qui freine leur capacité de production, de développement, de conquête de marchés à l’international, et décourage la reprise de l’entreprise en cas de cessation d’activité.

Retrouvez la synthèse de l’étude sur le site du Département d’études, de prospective et de statistiques du Ministère de la culture et de la communication

Téléchargez l’étude sur le site du DEPS

http://www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Etudes-et-statistiques/Publications/Collections-de-synthese/Culture-etudes-2007-2015/Transmission-et-reprise-des-entreprises-culturelles-Quels-enjeux-de-politique-publique-CE-2015-2