En 2016, allons nous être cord-cutter? Allons-nous devenir infophages ? Allons nous plébisciter la physiculture? Pour cette reprise du blog ThinkandAct, voici des phénomènes venus d’univers culturels différents mais qui, ensemble, brossent le portrait d’un individu exigeant, au budget serré, cherchant des lieux de rencontres, d’échanges, de débats que la culture au sens large peut lui offrir à la télévision, sur le numérique et surtout dans des lieux physiques! 

Cord cutter ?

C’est la tendance dont on parle beaucoup aux Etats-Unis pour la télévision et qui, en fait, existe déjà pour le téléphone mobile et le téléphone fixe : couper le cordon. Le téléspectateur poussé par la crise et par le développement du streaming vidéo, arrête, supprime, coupe ses abonnements aux offres payantes sur le câble ou le satellite et ne regarde que la TNT gratuite, les vidéos en streaming et les replay des chaînes de télévision (en France).
Les cablo-opérateurs américains comecast, verizon et autres AT&T sont inquiets. Alors que Netflix, Apple TV, Hulu, qui siphonnent déjà la télévision classique, encouragent le cord cutting.
Ce mouvement aurait commencé en 2010 aux Etats-Unis et ne fait que s’accroitre. Une étude américaine de Convergence Consulting Group de 2015 comptabilisait 8% d’américains ayant supprimé leur abonnement à une offre câble ou satellite depuis 2008. Nielsen Media Research estime que le nombre de foyers disposant d’au moins un téléviseur a décrut aux USA de 115,9 million à 114,7 million en même temps que s’accroit le fait de regarder les programmes TV sur ordinateur, tablettes ou smartphone.Encore plus rebelles ou plus jeunes que les Cord-cutter sont les Cords-never ou Zero TV. Aux États-Unis, 2 millions de foyers en 2007 n’étaient ni abonnés à une offre de pay TV ni ne recevaient la TV par la TNT. Ils étaient 5 millions en 2013. La plupart des personnes de ce groupe sont des jeunes, sans enfants au foyer, habitués à ne regarder la télévision que sur internet. Un grand vendeur d’antennes Antennas Direct aux Etats-Unis explique que certains de ses clients ne connaissent que des services comme Netflix et ne savent même pas que des chaînes de télévision existent.La cord-cutter est-il le téléspectateur de demain, naviguant entre télévisions linéaires et offres VOD et replay qui commencent sacrément, les unes et les autres, à éditorialiser, « relinéariser » leur contenus?

Infophages ?

Allons nous tous devenir infophages grâce à la multiplication des chaînes d’information en continu sur la TNT gratuite ? BFMTV, iTélé, LCI en 2016 et bientôt la chaîne info du service public. L’information à la télévision peut-elle devenir une offre de programmes comme les chaînes cinéma ou documentaires, c’est à dire avec des genres vraiment différents ? Il semble que ce soit l’analyse faite par le CSA pour justifier, entre autres raisons, le passage en gratuit de LCI : « Il y a un énorme besoin d’informations diversifiées ».

Au début, on pensait peut-être que le CSA n’avait accordé le gratuit à LCI que parce qu’il n’aurait pas été possible de le lui refuser alors qu’une chaîne publique d’information allait bientôt faire son entrée sur la TNT gratuite.

Mais le CSA, dans son « Etude d’impact de la demande de passage sur la TNT gratuite de la chaîne LCI », présente avec beaucoup de détails « le format différent des autres chaînes d’info proposé par LCI : pas seulement « politique, économie, international » mais elle entend traiter d’autres thèmes : culture, santé, consommation, technologies, diversité de la société française, sujets qui sont moins mis en valeur par les autres chaînes  et des formats d’émissions différentes : plus de magazines et de reportages, de l’info régionale et des magazines thématiques, 30% de femmes en plateau, un magazine culturel par semaine ». En ce moment, gros travail de l’instance de régulation avec les responsables de LCI pour mettre en place cette grille! Du coup LCI ne devrait être présente sur le gratuit qu’en avril 2016. Par ailleurs, le CSA nous promet une concurrence « bénéfique » qui poussera les autres chaînes d’info, BFM TV et iTélé à se différencier de la nouvelle arrivante sur le gratuit.

La nouvelle LCI ou la chaîne d’info publique s’inspireront-elles du site américain Vox.com ? Nouvelle tendance montante dans l’information qui était évoquée, à la fois, par le Monde Festival à l’automne 2015 et plus récemment par les promoteurs du projet de la chaîne d’info publique : le décryptage de l’information.

La mission que s’est donné Vox.com est d’expliquer l’information. Sa rédactrice en chef l’expliquait d’ailleurs au Monde Festival :
  • Les créateurs de Vox.com sont des journalistes américains qui se sont retrouvés autour de l’idée que dans leurs journaux, l’information écrite, présentée était livrée au lecteur comme s’il connaissait déjà l’histoire ;
  • En fait, les individus s’intéressent au fait politique dans leur vie personnelle et « ne s’en fichent pas du tout ». C’est aux journalistes de redonner le contexte de l’information et d’écrire dans un format que les gens peuvent appréhender ;
  • Enfin, quand il part sur un sujet, un journaliste ne doit pas penser à un lectorat déjà constitué qui attendrait son information, mais chaque jour, sur chaque sujet, il doit « repartir à zéro » et aller chercher son public.
Réinventer chaque jour son public, 30% de femmes à l’antenne, un magazine culturel, de l’information régionale, des reportages plus longs. Allons ne soyons pas bégueules ! On va voir ! Et puis, comme dans d’autres secteurs, il nous faudrait aller regarder ce qu’il se passe en Allemagne : seul pays européen dans lequel coexistent 4 chaînes d’information gratuites en continu.
 Source : CSA, Etude Impact payant gratuit LCI 2015, version publique, p111

Physicultures?

Les lieux physiques anciens et nouveaux de culture redeviennent des lieux attirants dans lesquels les gens se retrouvent, débattent, se distraient.

Quatre mini-bibliothèques mobiles ont été installées dans le parc « Social Initiative Parc » de Séoul, en Corée du Sud. Alors que dans beaucoup de pays les bibliothèques sont constamment menacées de restrictions budgétaires voire de fermeture en raison de coupes dans les budgets alloués aux services publics, le Mobile Library Project, soutenu par un groupe privé et une institution publique propose un ensemble de quatre mini-bibliothèques mobiles, originales et colorées. Pas d’Ipad, ni de liseuse mais des livres papier. Ces Mobile Library Project existent déjà en Afrique du Sud et d’autres pays du continent africain avec pour mission d’apporter des livres aux enfants éloignés de la lecture. Mais cette fois c’est dans un lieu de détente que l’expérience est mise en place et pour tout un chacun.

Les librairies indépendantes ont connu, en France, une année 2015 exceptionnelle. L’Observatoire de la librairie, qui recueille les données de 150 librairies indépendantes, a montré que le chiffre d’affaires de la librairie serait en hausse de 2,5 % en 2015. Les libraires et éditeurs ont été étonnés par un double phénomène qui s’est développé après le 13 novembre. D’un côté, les ventes en ligne ont continué de grimper, mais les clients sont aussi revenus dans les librairies de proximité, à taille humaine. En janvier 2015 déjà, les librairies indépendantes avaient connu un regain de fréquentation dont la plus grande de France, Ombres Blanches à Toulouse dont le directeur déclarait « Après le choc de Charlie, le public avait besoin de se rassembler et de discuter, et une partie de la clientèle s’est tournée vers les livres pour comprendre ce qui se passe ». Le livre affiche par ailleurs une belle résistance par rapport aux autres commerces de détail, comme le prêt-à-porter. Autre facteur positif et non des moindres, la pression sur les loyers en centre-ville qui était un vrai problème s’est réduit grâce à des dispositifs nationaux et régionaux. Aide au loyer, soutien de l’Ifcic et de l’ADELC (Association pour le Développement de la Librairie de Création) , les libraires indépendantes vont pouvoir rester voire se réinstaller dans les centres villes !

Dans le théâtre, un miracle se serait-il produit dans la communauté d’agglomérations de Sénart (77) se demandait lemonde.fr du 23 janvier.  Dans le nouveau Théatre-Sénart, Scène Nationale, construit au milieu des arbres et ouvert en novembre 2015, le public afflue. « Dès la réouverture des portes, au lendemain des attentats du 13 novembre, les spectateurs assistaient, les 17 et 18 novembre, à la pièce de la metteuse en scène Pauline Bureau, Sirènes. La salle était comble même s’il manquait à l’appel une centaine de « scolaires ». Aujourd’hui, l’équipe croise les doigts : avec plus de 6 000 abonnés, les 40 000 entrées payantes ont déjà été dépassées pour l’année 2016. »

Ce projet a essuyé bien des critiques depuis son lancement en 2005. Mais les collectivités territoriales et l’Etat se sont alliés aux professionnels de la culture et aux artistes pour construire un projet innovant et financer 45 millions d’euros.
Source : Théatre Sénart-Scène nationale
Des places à 10€ pour les moins de 30 ans, théâtre, lecture, musique classique, etc. le tout accessible au plus grand nombre, un bistrot (qui ouvre le 28 janvier), des places de parking, cette nouvelle scène nationale semble faite pour le succès!