Dans quel lieu sommes nous ?

Nous sommes dans un lieu physique, le studio de la radio musicale en ligne HotmixRadio, et c’est important de voir ce lieu physique pour comprendre que cette radio en ligne est fabriquée comme les radios traditionnelles même si la diffusion est plus automatisée et sur internet. Nous travaillons avec les mêmes outils, le logiciel Selector pour la programmation musicale, Protool pour le montage audio, une table de mixage, les interviews sont filmées et misent sur Youtube, etc. La qualité de radio est la même qu’une radio sur la bande FM.

En revanche, il n’y a pas d’animateurs, pas de journalistes, pas de « morning », pas d’infos. Ces handicaps ont été transformés en forces. Tout l’écosystème de HotmixRadio est basé là dessus : apprendre à se passer de ce qu’on n’a pas les moyens de se payer. Le principe est de ne proposer que de la musique, avec un « habillage » spécifique, des chroniques et d’autres points d’ancrage qui permettent aux auditeurs de savoir qu’ils n’écoutent pas une playlist aléatoire sur itunes.

 
Olivier Riou, fondateur et directeur de HotmixRadio
HotmixRadio existe depuis 11 ans. Aujour’hui, nous avons avec 5 salariés, 18 canaux indépendants, chacun ayant sa programmation (rock, dance, années 80, VIP, Lounge, frenchy, metal, etc.). Dans le classement « ACPM, audience des webradios » de mars 2017, Hotmix est 3ème en durée d’écoute avec 54mn34s, et bien placée en « écoutes actives France » avec 1,4 million d’individus et une écoute active monde de 3,1 millions, mais derrière Radio Meuh, succès aussi des webradios. Autres critères de réussite : les labels envoient leurs artistes pour des interviews, Calogero, Voulzy, Dépêche Mode, Texas, etc… et la publicité a progressé de 100% en 2 ans !

HotmixRadio ne vise surtout pas les fans de radios mais l’auditeur, l’auditrice classique de radios musicales adultes, les 25-49 ans. « L’auditrice de Chérie FM qui passe sur Hotmix doit retrouver les mêmes repères, surtout ne pas se sentir perdue ». «Hotmix vise le type qui est fan de football et qui écoute la radio en montant ses crampons, la fille qui est fan de pilates et qui met de la musique pendant qu’elle fait ses mouvements, Hotmix est un média d’accompagnement. » La plupart des auditeurs d’Hotmix écoutent aussi la radio traditionnelle et pas forcément Deezer ou Spotify. Notre structure d’audience est la même que la radio FM : une audience relativement âgée, 25-49 ans. L’une des tranches horaires les plus fortes en audience est celle des heures de bureau : une radio sans animateur, sans info, qui s’écoute sur l’ordinateur ou le téléphone perturbe moins.

Qu’est-ce qui a le plus changé dans les usages de vos publics ces dernières années?

Pendant toute une période, les « applis » marchaient très bien mais maintenant c’est un modèle qui s’essouffle. Les gens écoutent de plus en plus la radio sur une tablette ou sur un téléphone. Il y a une vraie bascule vers le téléphone mais la façon de l’utiliser est en train de changer. C’est avec le navigateur qui est embarqué dessus et non plus avec des applications qu’ils passent d’une activité à une autre. Le temps que prend l’ouverture d’une application pour chaque mission est devenu insupportable. Il faudra donc que le site d’origine de la radio soit compatible avec le téléphone et pas forcément avoir besoin d’une appli dédiée. Sinon, ce sera des applications qui regroupent tout un ensemble de radios, comme Tunein qui marche très bien.

Les jeunes n’ont plus besoin de la radio aujourd’hui pour découvrir de la musique. Ils sont sur youtube et ils partagent leurs chansons. Quel est l’intérêt d’attendre qu’une radio diffuse un titre quand il est possible de l’avoir tout de suite ? Il suffit d’avoir un copain qui s’y connaît un peu en musique et qui partage ses fichiers et chacun reçoit la chanson dans les 4mn. » Les fans de musique, les curateurs, comme disent des sites comme Deezer, sont peu nombreux mais ils ont beaucoup de followers ! Il faut admettre que la radio ne remplit plus le rôle découvreur de talents comme elle le faisait. Maintenant, sa force c’est de parler. La radio 100% musicale c’est terminé, une radio comme NRJ parle de 6h à 10h le matin et de 17h à 4h. Il n’y a plus beaucoup de tranches purement musicales et c’est normal, la radio n’a plus d’exclusivité là dessus.Quelle serait la mesure phare à prendre par le nouveau gouvernement pour votre secteur ?

La mesure la plus importante pour les radios en ligne a déjà été votée et elle est en cours de négociation d’application ; c’est l’extension de la licence légale aux radios sur internet. Il s’agit pour nos radios de payer les mêmes proportions de droits que les radios hertziennes. Aujourd’hui, les radios sur internet payent d’un côté la Sacem, la SPPF, la SCPP, toutes les sociétés d’ayants droits une à une. Les radios traditionnelles payent la Sacem puis payent la SPRE qui regroupe l’ensemble des autres sociétés d’ayants droits. Au total, les radios traditionnelles payent 15% de leur chiffre d’affaires aux ayants droits alors que les radios en ligne payent plus de 24% de leur CA. Sachant que NRJ ou Virgin Radio pour leurs radios sur internet bénéficient de son statut hertzien pour leur webradios. L’idée c’est de se retrouver dans un univers équivalent, d’avoir une redistribution équitable et réduire le nombre de contacts pour les questions de droits d’auteurs.