Pour ce cinquième épisode, le lieu est le métro parisien. Elle a une petite fille de 4 ans, elle habite en pleine campagne à une heure de Paris par la Gare de l’Est. Et les mardi, jeudi et vendredi, elle chante dans le métro sur la ligne 8 ou la ligne 6.

Nous sommes dans le métro et cela fait 12 ans que je chante dans le métro. 3 fois par semaine, mardi, jeudi, vendredi, sur la ligne 8 et sur la ligne 6. J’aime bien être sur ces lignes parce qu’elles ont une bonne acoustique. Et l’acoustique est importante quand on chante longtemps : je chante 8 heures par jour, je commence à 8h et termine à 17h avec un arrêt à l’heure du déjeuner. Depuis 12 ans, je n’ai pas arrêté de chanter et j’en vis! On pourrait même dire que je gagne pas mal ma vie en chantant dans le métro ! Avant, je faisais des petits boulots, j’enchaînais les CDD, je n’ai jamais aimé les CDI.

Mon répertoire est assez varié, chansons réalistes à la Edith Piaf, du classique, de l’Opéra, mais aussi du Folk, du rock, et de la chanson française. Je chante aussi en espagnol, en allemand, en anglais.

Mes autres activités ? Je peux chanter de manière ponctuelle pour des événements ou des particuliers, des mariages, des baptêmes, et même des enterrements. Et puis dans les hôpitaux, dans les services de gériatrie, dans les associations des Petits Frères des Pauvres, dans les maisons de retraite. En ce moment je travaille auprès du public du Palais de la Femme de l’Armée du Salut, au métro Charonne. Le métro, c’est pas mal parce que créé des opportunités !

Pourquoi le métro ?  Pour moi, le métro est un lieu créatif où on a toutes les libertés, mais pour être bien dans le métro, il faut apprendre à lâcher prise. C’est comme un voyage intérieur, quelque chose de profond qui n’est absolument pas routinier. Depuis toutes ces années, chanter dans le métro n’a jamais été une routine. Je suis dans l’instant.

J’avais un fort besoin de m’exprimer, un fort besoin de chanter. Je fais de la musique depuis toujours. J’ai une formation très classique : conservatoire en chant classique puis théâtre au conservatoire. J’étais formée pour me produire devant un public mais je n’osais pas le faire. Il a fallu un détour par l’Australie, des premiers concerts avec un musicien dans ce pays lointain. Et un jour… je suis allée m’acheter du matériel comme font les roumain, et je l’ai fait, et cela a changé ma vie. Je suis devenue libre. Je suis partie avec mon ampli dans le métro parisien, mais aussi au Japon, au Brésil, je me suis fait poursuivre par la police en Tunisie parce qu’ils ne voulaient pas que je chante dans la rue, et je suis allée au Maroc avec un groupe de Raï, on m’a aussi proposé de chanter dans un festival à Rotterdam.

Au départ les gens sont plutôt fermés, ils se protègent, ils ne se rendent pas forcément compte de ce qu’ils renvoient. Moi j’interviens sans calcul et dans ma spontanéité, je suis dans le plaisir de chanter et cela plait aux gens. Je suis pas dans la galère, je ne veux pas que les gens ressentent ça, je ne cherche pas l’empathie je cherche à ce que les gens prennent du plaisir. J’affirme que c’est un choix de chanter dans le métro. Et les gens, ca leur fait plaisir.

Aller dans le métro c’est une manière de résister. Pour moi c’est un acte politique, résister au monde du paraître, aller au bout de ce qu’on a dans le coeur et de ce pour quoi on est fait malgré le fait que ce n’est pas une chose que la société valorise. Cela ne correspond pas à une image de réussite dans la société et pourtant, en ce qui me concerne, je le vis comme une réussite. J’ai réussi à me détacher du jugement des autres et de mon propre jugement.