Dans quel lieu sommes nous ?

Pour 8ème épisode et dernier de la série « Les lieux culturels », visite de ce lieu mythique pour tous les passionnés d’architecture, labellisé récemment Centre d’art plastique d’intérêt national, où commence ce soir, 27 avril, la 32ème édition du Festival international de la mode et de la photographie.

En 1923, le couple d’amateurs d’art Marie Laure et Charles de Noailles font construire une villa de villégiature par l’architecte Robert Mallet Stevens.

Villa Noailles en 1928 

Sort de terre, dans les hauteurs de Hyères un superbe bâtiment conçu sur les principes d’une architecture rationaliste : fonctionnalité, épuration des éléments décoratifs, toits, terrasses, lumière. A la mort de Marie-Laure de Noailles, en 1973, son mari vend la maison et la ville s’en porte acquéreur. Des travaux de rénovation importants dirigés par l’architecte Cécile Briolle commence en 1986 sous l’impulsion du maire de Hyères Leopold Ritondale et du Ministre de la culture Jack Lang. En 2003, la Villa Noailles devient le centre d’art, de la communauté de commune Toulon Provence Méditerranée.La Villa Noailles s’investit dans quatre domaines culturels : l’architecture, la mode, le design et la photo. Elle propose des festivals dont celui de la mode, celui de l’architecture d’intérieur (1ère édition en 2016), des cycles d’exposition, des ateliers pour des artistes, des chambres pour des artistes, un atelier de prototypage installé dans le petit château Saint Pierre (qui a brulé l’année dernière et est en train d’être reconstruit), un musée qui raconte l’histoire du lieu avec une exposition sur Charles et Marie Laure de Noailles, des activités culturelles pour les enfants et les jeunes, des fêtes, etc.

La Villa Noailles c’est 1.800 m2 de bâti, un budget annuel de 2,8 millions d’euros qui a la particularité, pour un centre d’art français, d’être financé par le public et par le privé. Le public finance 60% du budget avec la participation de toutes les entités publiques, l’Etat, la région, le département, l’agglomération qui est le principal financier, et la ville. Parmi les entreprises privées, les principales sont Channel, les Galeries Lafayette et dix autres. La Villa reçoit chaque année 55.000 visiteurs, une fréquentation qui devrait croitre dans les années qui viennent quand le site sera aux normes avec parking et voie d’accès facilité pour le public.

 Villa Noailles pendant le festival de la mode

Quelle est l’importance d’un lieu comme La Villa Noailles dans la société actuelle?Dans ses actions et son mode de rapport avec le public, deux choses sont les plus importantes pour la direction de la Villa.

D’abord, la gratuité du lieu et de toutes ses expositions, fêtes et activités pour le public. Son directeur Jean-Pierre Blanc considère « qu’étant déjà financé par une partie des impôts des citoyens, il est normal que l’offre de la Villa soit gratuite.  Mais pour lui « l’argument le plus juste est que des gens ne viendraient pas si c’était payant. Beaucoup d’activités sont faites pour les enfants et certaines familles ne viendraient pas si l’entrée était 5€ ou 10€ par enfant. C’est dans nos missions de service public de rendre la culture accessible à tous. »

Jean-Pierre Blanc, directeur de la Villa Noailles par Filep Motwary

Très important aussi et dans l’adn de la Villa est le soutien aux artistes et en particulier aux jeunes artistes. Comme un incubateur, La Villa Noailles soutient les artistes quand ils sortent de l’école et avant qu’ils ne commencent à vendre. « A l’école, ils ont des soutiens, quand ils travaillent au bout de quelques années, ils ont de l’argent mais entre les 2, ils n’ont rien. ». Pour sélectionner les artistes qu’elle supporte, La villa Noailles organise 5 concours internationaux : photo, mode, accessoires, design objet et architecture d’intérieur. 50 jeunes artistes venant de partout dans le monde sont soutenus chaque année et plus 30 anciens lauréats des concours sont aidé pendant 2 ans.

 

Quel est l’état d’esprit du public et quels sont les changement dans ses usages de lieux comme la Villa?

Jean-Pierre Blanc ressent plusieurs évolutions dans les usages de ses visiteurs : un intérêt croissant pour les lieux dans lesquels le public se sent bien ; une démarche vers des lieux  qui font découvrir des choses, la majorité des artistes et oeuvres montrés par la Villa sont inconnus, le public est en attente de ces vraies découvertes ; le côté familial se renforce, des enfants et des jeunes amènent leurs parents ; et enfin les nouvelles technologies permettent de rencontrer des publics qui ne venaient pas avant. La Villa est sur Facebook, sur Instagram avec 14.000 abonnés et envoie sa newsletter à 9.000 abonnés.

 

Quelle serait la mesure phare à prendre par le nouveau gouvernement pour votre secteur ?

Jean-Pierre Blanc identifie trois grands axes d’actions. Le premier serait de poursuivre le travail entrepris par les précédents ministres de la culture et donner un véritable statut aux artistes dans les arts plastiques. « Ils n’ont aucune protection sociale, pas de droit au chômage, pas de sécurité sociale. Ils sont sans filet!» Par ailleurs, les soutiens entre le spectacle vivant et les arts plastiques devraient être rééquilibrés, ces derniers étant trop peu soutenus. Enfin, il est essentiel d’améliorer la relation, qui est toujours très complexe sans savoir bien pourquoi, entre le la culture et l’éducation nationale. Pourquoi ne pas conclure un vrai pacte de développement de la culture dans l’éducation nationale?

La culture ne peut pas bien se développer sans un Etat fort qui sache montrer la direction et qui soit partenaires des collectivités territoriales.