Quand on parle « culture », on entend souvent « subventions publiques », « œuvres », « association », « mécénat » « intermittence ». Hier après midi, on parlait plutôt « entrepreneur », « entrepreneuriat  culturel », « chiffre d’affaires », « emplois en CDI », « garanties bancaires » ou encore « mesures fiscales ». Au cœur du festival de musiques actuelles, Les Nuits sonores, à Lyon, ce n’était pas les œuvres ou les artistes qui étaient en débat mais les entreprises qui les portent. En effet, la troisième édition de la plateforme European Lab, du 7 au 11 mai à l’Hôtel de ville et à l’Opéra de Lyon est dédiée aux acteurs de l’innovation culturelle.

Les tables rondes du jeudi 9 mai rassemblaient, entre autres, Steven Hearn, le créateur de la société d’ingénierie culturelle Troisième Pôle et du réseau Scintillo, Todd Puckhaber, le fondateur des conférences et festival South by South West (SXSW) à Austin, Georgie Taglietti, responsable du Sonar, le festival des musiques actuelles et des arts numériques de Barcelone, Julien Catala fondateur de Super ! Mon amour, agent et producteur de concerts, Dominique Barneaud fondateur de Bellota films et de Redcorner et Philippe Tilly, chargé de mission à la DGMIC, ministère de la culturelle et de la communication.

Quelques éléments intéressants rassemblés de manière impressionniste :

Tous ces entrepreneurs ont montré comment le développement de leurs entreprises, majoritairement dans le secteur de la musique actuelle, passe par une diversification des activités autour de leur cœur de métier. Une diversification qui intervient très tôt parce qu’il s’agit, pour ces structures, très peu voire pas subventionnées, de trouver de nouveaux types de financements pour permettre d’innover :

  • Créé en 1987, le festival SXSW dont le but était de créer un outil pour les artistes et les producteurs de musique pour développer leur carrière et partager des idées, s’est élargi en organisateur de conférences professionnelles dans le secteur culturel, en société de production de films, en société de produits culturels high tech ;
  • Super ! créée en 2006 qui, d’une activité de producteur de concert et agent, s’est diversifiée avec la gestion d’une salle de concert parisienne, le Trabendo, et la création d’un festival dans la grande halle de la Villette;
  • Steven Hearn, qui après la création de Troisième pôle, agence d’ingénierie culturelle en 2000 a monté la holding Scintillo pour devenir acteur culturel à part entière avec la gestion de La Gaité Lyrique, du Saint André des Arts, d’une revue culturelle, mais aussi la création d’un incubateur (Créatis) et d’un fonds d’investissement de Capital Risque pour le secteur culturel ;
  • Dominique Barneaud et Hind Saih, les seuls entrepreneurs venant du secteur du cinéma et de l’audiovisuel qui après 20 ans de films TV et Cinéma, ont créé, en 2012, un label Transmedia, Redcorner, dont le positionnement n’est plus de produire pour la télévision ou le cinéma en cherchant des aides auprès du CNC mais d’aller vers des artistes, des designers pour créer avec eux des contenus nouveaux, dans de bonnes conditions et pour des public différents.

Philippe Tilly, de la Direction des médias et des industries culturelles du ministère de la culture et de la communication a présenté « Entreprendre dans les industries culturelles, le guide des dispositifs nationaux de soutien à la création et au développement des entreprises ». Ce travail, rédigé par ThinkandAct et Items, répond au constat que « les industries culturelles constituent un moteur de l’économie française … mais que ses entreprises, majoritairement des PME et TPE, connaissent toutes un problème majeur d’accès au financement». Ainsi, ce guide présente près de 100 dispositifs de soutien nationaux à la création, structuration et développement des entreprises. Non pas des mécanismes d’aides aux projets comme ceux du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), du Centre national du livre (CNL), mais les dispositifs nationaux de droit commun accessibles à tous les secteurs mais qui sont peu connus et du coup peu utilisés par les entreprises du secteur culturel. Prêts, garanties bancaires, mesures fiscales, aides à l’embauche, assurances pour le développement à l’international, etc.

Dans la poursuite de cette préoccupation, Steven Hearn a détaillé la mission que lui a donné, le 27 février 2013, la Ministre de la culture et de la communication, Aurélie Filippetti, d’étudier et faire des recommandations pour développer l’entrepreneuriat culturel : 200 000 entreprises en France, qui sont peu connues, isolées alors qu’elles représentent entre 5 et 7% du PIB français. Son premier sujet est d’identifier les blocages qui limitent leur développement :

  • les investisseurs et financiers ne soutiennent pas leur expansion parce qu’ils ne parviennent pas à comprendre et évaluer les risques de ces structures ;
  • le droit devrait peut-être évoluer pour permettre à ces entreprises de recevoir des subventions, de mieux profiter d’incitation fiscales ;
  • les marchés publics devraient leur être plus facilement ouverts ;
  • des aides à l’embauche mieux adaptées aux particularités de leur secteur pourraient être proposées;
  • il attend des idées, contacts, propositions à l’adresse mission@scintillo.eu