Vous vous préparez à aller à la cérémonie des Césars, à la regarder à la télévision ou à l’ignorer. Quelque soit votre cas c’est l’occasion de revenir sur les derniers chiffres de la production cinématographique française.

ThinkandAct termine l’analyse des chiffres publiés début février sur la production de films français avec les chiffres du CNC sortis le 4 février dernier. On s’en doutait, ces données ne contredisent pas ceux de la FICAM. Moins de films, moins d’investissements, l’année 2014 se solde par un bilan décevant de la production française.

 Les chiffres du CNC sont différents de ceux de la FICAM sur plusieurs points

Différence de temporalité :

  • le CNC prend en compte les films qui ont eu l’agrément cette année là (ce qui ne veut pas dire qu’ils sont tournés cette année là) ;
  • la Ficam se base sur la date de 1er jour de tournage du film (ce qui ne veut pas dire qu’ils ont eu l’agrément cette année là

Différence de périmètre

  • le CNC intègre tous les films, ceux qui sont d’initiative française (FIF) et ceux à majorité étrangère (FME). Par ailleurs le CNC intègre tous les genres de long métrages
  • La Ficam se concentre sur les films d’initiative française (FIF) et hormis son chiffre global, tous ses tableaux sont centrés sur les seuls films de fiction

Différence sur les périodes étudiées

  • Les chiffres du CNC remonte à 2005 et plus si on consulte les données sur le site du centre, on est donc sur une période de 10 ans,
  • les chiffres de la Ficam remontent, en général, 6 ans en arrière

 

Une baisse du nombre de films agréés

258 films ont été agréés en 2014 soit 12 de moins qu’en 2013 (moins 4,4%) et 21 de moins qu’en 2012.

graph1Ce recul sur deux ans nous montre une baisse sensible du nombre de films français produits. Mais en regardant 10 ans en arrière, la vision n’est plus exactement la même. Sur l’ensemble de la période, nous étions sur une tendance à la hausse du nombre de films jusqu’en 2012. A partir de cette année là, le nombre total de films produits baisse. Ce recul est du à une baisse des films à majorité étrangères (FME) 70 en 2012, 61 en 2013, 55 en 2014. Ce n’est qu’en 2014 que le nombre de films d’initiative française (FIF) baisse légèrement après 3 ans de stabilité (2009 à 2013).

Cependant, il est important de noter que le nombre total de films agréés en 2014, FIF et FME, reste à un niveau plus élevé qu’en début de période (les années 2005 à 2009 avec par exemple 203 films en 2006).

 

Un recul des investissements totaux 

Qu’en est-il pour les investissements ? Suivent-ils la même tendance que le nombre de films : à savoir baisse récente mais un niveau 2014 qui reste supérieur au début de la période ?

Et non ! Ils enregistrent un recul de 20,2% par rapport à 2013 et de 31% par rapport 2010 qui est l’année à partir de laquelle s’installe cette tendance au recul des investissements. Les investissements totaux dans la production française sont à leur niveau le plus bas depuis 10 ans à 994,13M€ investis en 2014.

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Les trajectoires ne sont pas similaires entre les investissements dans les FIF et les investissements dans les FME : les tracés des courbes sont même presque l’inverse l’un de l’autre de 2006 à 2011. A partir de cette année, on constate que les investissements dans les FIF et dans les FME sont en baisse :

  • moins 28% d’investissement dans les FIF de 2010 à 2014, avec une forte accentuation de la tendance sur la dernière année 2014.
  • moins 40% d’investissement dans les FME de 2010 à 2014

 

Investissement français et investissements étrangers 

Les investissements français et étrangers suivent des évolutions comparables, plus accentuées pour les investissements français. On observe un recul depuis 2010 qui atteint son niveau le plus bas en 2014 pour s’établir à 797,44M€ d’investissements français et 196,69M€ d’investissements étrangers.

grap3En 2005, le niveau des investissements français était 2,5 fois plus élevé que le niveau des investissements étrangers. En 2014, ils sont plus de 4 fois plus élevés. Les deux types d’investissements ont baissé mais la différence s’est agrandie. Il y a, en valeur absolue et proportionnellement, moins d’investissements étrangers dans le cinéma français en 2014 qu’en 2005.

Evolution opposée en nombre entre les petits et les gros budgets

Jusqu’en 2012, les types de films les plus nombreux étaient les films de 1 à 10 M€. Mais à partir de cette année là, les films les plus nombreux deviennent ceux qui ont un budget inférieur à 4 M€.

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  • Les films à moins de 1M€ sont en forte progression depuis 2009, passant de 28 films en 2008 à 59 en 2014
  • Les films compris entre 1 et 4M€ sont en augmentation depuis 2010 pour atteindre 83 titres (soit 2 films en plus par rapport au pic de 2009) contre 65 en 2010
  • On observe une baisse des films de 4 à 10M€ depuis 2010 avec un léger rebond en 2013, avec 57 films, pour s’établir à 44 films en 2014 soit 26 films en moins par rapport à 2010
  • Les films à plus de 10M€ atteignent leur chiffre le plus  bas avec 17 films en 2014 contre 35 en 2008 et 33 en 2012

Le devis moyen d’un film recule et s’établit à 3,94M€ en 2014, contre 5,5 M€ en 2010 et 5,4 en 2005. Sur l’ensemble de la période, le devis moyen baisse de 28%.

 

En conclusion

Le nombre de films produits en France se réduit depuis 2012 mais reste plus élévé qu’en 2005. Il apparaît sur cette dernière année que le nombre de films d’initiative française (FIF) a commencé à reculer (de 209 en 2013 à 203 en 2014). Ce mouvement apparaissait clairement aussi sur les chiffres de la Ficam (de 190 en 2013 à 180 en 2014).

Les investissements, comme le nombre de films, sont en baisse mais ils baissent proportionnellement plus que le nombre de films et surtout, le niveau des investissements est plus faible qu’en 2005.  Les investissements ont commencé à baisser en 2011 et sont maintenant à un niveau moindre qu’en 2005 (994,13 millions d’€ en 2014 vs 1286,13 millions d’€ en 2005).

Ces éléments posent plusieurs questions pour l’avenir :

  • Le nombre de films va-t-il continuer à baisser ? Beaucoup disent que trop de films sont produits en France. Face à ce mouvement la question est de savoir si le nombre de petits budgets va continuer à progresser et le nombre de films à plus gros budgets de baisser ? Or, la force du cinéma français est dans sa diversité, des petits, des moyens et des gros films ;
  • Les financements se réduisent et le budget moyen des films baisse. On pourrait penser qu’il s’agit d’un rattrapage, que les films étaient trop chers ? Mais, ce qui apparaît c’est qu’un plus grand nombre de films à budget petits, moyens ou fragiles se font avec encore moins d’argent qu’avant. Les gros films souffrent beaucoup moins de ce « sous-financement ». Chaque type de film a son budget d’équilibre et il serait dangereux de ne faire porter les baisses de financements que sur les petits flms. Une sorte de double peine !
  • Par ailleurs, un des grands chantiers de l’année 2015 et des années à venir semble être celui de l’exportation des films français. Les chiffres décevants sur l’exportation en 2013 donnés par Unifrance ne rassuraient pas forcément sur nos forces à l’exportation.

graph5L’idée ne doit pas être de dire qu’il faut produire seulement plus de gros films mais de dire que les petits et les gros films doivent trouver leur public hors de nos frontières.

Et pour finir, n’oublions pas que ces éléments qui apparaissent comme globalement négatifs sont compensés par des éléments plutôt positifs. L’année 2014 atteint un record de fréquentation des salles. Selon le CNC, les entrées dans les salles sont estimées à 207,77 millions, soit 5,6% de plus qu’en 2013. Et parmi les bonnes nouvelles, la part de marché des films français est estimée à 45,9% contre 43,3% pour les films américains et à 62,2% en janvier 2015 contre 24,8% pour les films américains. Les entrées des films français à l’international sont également plus satisfaisants que l’année 2013. Autre éclaircie en fin d’année 2014 : des politiques conscientes des enjeux du secteur avec des annonces et des mesures en faveur de la production et de l’export. D’une part, la réforme du crédit d’impôt laisse espérer une nouvelle dynamique pour la production en France. D’autre part, les chantiers de réflexion et d’action (mission de René Bonnell et mission d’Isabelle Giordano) sur l’exportation devraient aider à améliorer la conquête de nouveaux marchés pour tous les types de films !