Pluie de chiffres la semaine dernière  sur le secteur de la production cinématographique française en 2014! Le baromètre Métiers/marchés Longs métrages 2014 de la FICAM lundi 2 février, Les premiers chiffres de la production cinématographique du CNC mercredi 4 .
Baisse légère ou baisse sensible des films d’initiative française ? Baisse du devis moyen des films ? Baisse du nombre de semaines de tournage ou stabilité de la durée moyenne de tournage ? Quid de la délocalisation des tournages?

ThinkandAct vous propose deux articles sur l’analyse et comparaison de ces chiffres pour réussir à se projeter dans l’avenir.

Honneur aux premiers chiffres sortis, nous commençons  par l’analyse des chiffres de la FICAM. Le baromètre Métiers/marchés analyse l’évolution de l’activité du secteur de la production et de la post production en France, sur les films d’initiatives françaises (FIF) tournés et constaté, sur une année civile[1]. Il montre que l’année 2014 s’est soldée par un bilan morose de l’industrie cinématographique qui confirme la tendance baissière du baromètre janv-sept 2014 que nous avions analysé en décembre dernier.

I – Données globales

2014, baisse du nombre de Films d’initiative française (FIF) dûe principalement à la baisse du nombre de films de fiction

L’année 2014 enregistre une diminution de 5% de films d’initiative française par rapport à 2013. On compte 180 FIF tous genres confondus contre 190 l’année dernière. La meilleure année était 2010, avec un niveau record de 199 films sur les 7 dernières années.

  • Pour la fictiimage1on, 2014 représente, avec 150 films, l’année la plus faible depuis 2010 mais après une forte année 2013 ;
  • Le documentaire est en progression de 37% entre 2013 et 2014, avec 26 films en 2014 contre 19 en 2013. C’est la 3ème année la plus forte depuis 2008 ;
  • L’animation enregistre 4 films en 2014 soit le même nombre qu’en 2011, année la plus faible pour le genre

 

2014, investissement total et budget moyen par film de fiction les plus faibles depuis 2008

L’investissement total est à leur niveau le plus bas depuis 2008, avec 718M€ investis dans les tournages et la post-production de films en France. L’évolution est comparable pour le niveau du budget moyen par FIF qui se stabilise à 4,8M€ en 2013 et 2014, niveau le plus bas depuis 6 ans.

Investissements totaux et budget moyen par film d’initiative française

Image 2

Source : Ficam, Baromètre de l’Observatoire Métiers/Marchés Long métrage – 2014

2014, un nombre de semaines de tournage le plus bas depuis 2010

Le nombre total de semaines de tournage de film de fiction continu de baisser en 2014. Avec 1.109 semaines, c’est la seconde année la plus faible en semaines de tournage, depuis 2008, après l’année 2009 à 1.098 films. Par rapport à 2013, la baisse est de 9% de baisse.

Le nombre moyen de semaines de tournages par film enregistre clairement une tendance à la baisse sur l’ensemble de la période. En 6 ans, le secteur est passé de 7,2 semaines de tournage en moyenne par film à 6,2. Soit une semaine de tournage en moins.

2014, semaines en France et semaines à l’étranger sont en recul

image3L’évolution du nombre de semaines de tournage en France et à l’étranger des films de fiction connaît deux mouvements différents :

  • Sur les années 2009, 2010, le nombre de semaines de tournages en France et celui des semaines à l’étranger évoluent dans le même sens : baisse en 2009 puis hausse en 2010 ;
  • En 2011, 2012 et 2013, les évolutions sont opposées comme s’il s’agissait de vases communiquants : baisse du nombre de semaines de tournages en France, hausse à l’étranger, puis hausse des semaines de tournages en France et baisse à l’étranger ;
  • En 2014, les nombres de semaines de tournage France et étranger reviennent sur le même mouvement. Et cette année, il est à la baisse (-9% pour les tournages en France, moins 6% pour les tournages à l’étranger).

Il apparaît que le nombre de semaine de tournage à l’étranger baisse depuis 2 ans, le nombre de semaines de tournage en France qui avait progressé l’année dernière, se tasse cette année.

 

II – Données par niveaux de budget des films

Après les chiffres globaux, l’analyse des indicateurs par niveau de budget des films donnent des indications plutôt percutantes.

Une évolution du nombre annuel de films très variables selon les niveaux de budget

image4

Les nombres annuels de films selon les tranches de budget connaîssent des évolutions variables avec deux « groupes » de films :

  • Films à petits et gros budgets avec des nombres de films qui semblent presque se répondre : un nombre qui évolue entre 10 et 30 projets par an, plus le nombre de gros films est fort, plus le nombre de petits films est faible. Et l’inverse est vrai. En 2014 on se retrouve avec un même nombre de films. 15 petits et 14 à plus de 10M€
  • Films à budget entre 1 et 10 M€ (1 à 4M€ et 4 à 10M€) avec un nombre de films annuels qui évoluent entre 45 et 78 films. Ces types de films ont connu des évolutions diverses depuis 2008, avec les années 2010, 2011, 2012, un nombre qui évoluait dans le même sens en baisse légère et depuis 2013 des nombres de projets en évolution inverse selon les montants de budgets : les films entre 1 et 4 M€ sont en progression (78 en 2014), les films « du milieu » entre 4 et 10M€ sont en baisse (43 en 2014, ce sont les films de 4 à 5 M€ qui baissent le plus, seulement 4 films de ce niveau de budget en 2014).

Une baisse globale des budgets postes techniques

Quel est le montant investit dans les poste techniques en fonction des niveaux de budget ? Globalement, on constate une forte baisse des investissements dans les postes techniques de 2012 à 2014, passant de 120,2 M€ investis à 82,0 M€, soit une baisse de 32%. Cette évolution est dûe à la très forte baisse des investissements dans les postes techniques des films à plus de 10M€ et à la baisse plus légère pour les films entre 4 et 10M€. En revanche, ces investissements restent stables pour les films à moins de 1M€ et progressent légèrement sur les films entre 1 et 4M€.

image5

Progression du poids des postes techniques dans les petits films et stabilité dans les gros

Que montre l’évolution du poids des postes techniques par niveau de budget de films ?

image6

  • Pour les films à gros budget (sup à 10M€), il apparaît que le poids des dépenses consacré aux postes techniques est constant alors que le montant effectif investi dans ces postes est en forte baisse, c’est donc que l’argent investi dans ce type de film augmente et se portent sur d’autres postes que les postes techniques et post-production. Nous l’avions déjà dit dans les notes précédentes : on compresse le « below the line » et on rémunère plus le « above the line »;
  • Pour les les films à moins de 1M€ à l’inverse, le poids des dépenses consacré aux postes techniques augmente alors que les montants investis dans ces postes restent au même niveau, c’est donc que l’argent investis dans ces films baisse et que les budgets techniques incompressibles prennent proportionnellement plus de place.

 

Des pratiques de délocalisation très différentes selon les niveaux de budget

Dans les chiffres donnés par la Ficam, les types de budgets de film sur la question de la délocalisation ne sont plus les mêmes que sur questions précédentes. Trois segments de budget sont différenciés : <10M€, 10 à 20M€ et >20M€.  Est-ce à dire que seuls les films à plus de 10M€ se délocalisent ?

En croisant l’évolution du taux de délocalisation par niveau de devis, on constate des pratiques et des évolutions sont très différentes :

image7

  • Pour les budgets de moins de 10M€ sur l’ensemble de la période de 2008 à 2014, le taux de délocalisation est stable autour de 23% quelque soit le nombre de semaines de tournages.
  • Pour les budgets entre 10 et 20 M€, sur l’ensemble de la période, le taux de délocalisation connaît des fortes amplitudes, 47% une année (2010), 17% la suivante (2011). Au global on constate une baisse de la délocalisation de ce type de tournage en depuis 2012 qui est à 17% en 2014, son niveau le plus bas depuis 7 ans.
  • Pour les budgets de plus 20M€, le taux de délocalisation est en baisse depuis 2010. Pour ces types de films, les semaines de tournages à l’étranger ont commencé à baisser en 2011 et les semaines de tournages en France, l’année d’après.

Il apparaît que l’évolution du nombre de semaines de tournage et du taux de délocalisation sont relativement correlés : la stabilité du nombre de semaine de tournage entraine la stabilité du taux de délocalisation, l’evolution chaotique du nombre de semaines entraine une évolution chaotique du taux de délocalisation.

En terme de post-production, le marché le plus délocalisé est celui des effets visuels à hauteur de 19,6% en 2014.

Vendredi, Episode 2 de cette Newsletter N°7 avec l’analyse des chiffres du CNC, une comparaison des données Ficam et CNC, et une réflexion sur l’avenir.