Passionnante session du club Galilée, ce lundi 20 mars, sur le thème de « l’Etat en région au service des entreprises, des salariés et des emplois ». Où l’on se rend compte, encore une fois, que le secteur de l’audiovisuel est un secteur économique pratiquement comme les autres mais qu’il ne le reconnaît ni ne l’assume assez !

Autour de la table et de Philippe Chazal, Isabelle Herrero, Sous-préfète des Hauts-de-Seine, en charge du développement économique et de l’emploi, Françoise Colaitis, déléguée adjointe de Cap Digital, Patricia Boillaud, directrice de l’unité départementale de la Direccte et Matthieu Hardelin, chef du service régional Pôle de Compétitivité filière innovation de la Direccte, Stéphane Martin, Président de l’Afdas et Cécile Monthiers, directrice du développement des talents du groupe TF1.

L’objectif de la séance était de faire se rencontrer des entreprises de l’audiovisuel et des représentants de l’Etat dans les régions : quelles sont la politique et les actions de l’Etat dans les régions ? Les sociétés de l’audiovisuel y sont-elles associées ? Comment rapprocher ces différents acteurs économiques ? Madame la Sous-préfète, Isabelle Herrero, en ouvrant et en fermant la séance a bien décrit le mouvement qui est en train de se produire, partant « d’un secteur qui se tient à l’écart du reste de l’économie » pour aller vers « un secteur qui, avec la transition numérique, se rapproche des autres secteurs sans perdre sa spécificité ».

Isabelle Herrero, comme représentante de l’Etat sur un territoire, montre bien la vision extérieure qu’on peut avoir du secteur audiovisuel : « C’est un secteur qui donne le sentiment d’être à l’écart du reste de l’économie, à l’écart de la politique publique en matière économique dans les régions alors qu’il rencontre, comme les autres, une forte concurrence économique, au niveau national et international et qu’il traverse, comme les autres, les mutations technologiques et numériques qui transforment ses métiers, ses compétences et ses modes de production. » On comprend donc que si ce secteur doit garder sa spécificité qui fait la valeur de la création française, il devrait, pour mieux la valoriser, s’intégrer à la politique publique de développement économique. Les entreprises de l’audiovisuel sont insérées dans des territoires et il faut savoir que l’Etat s’y positionne de plus en plus comme un acteur dont la mission est de détecter les sources de développement économique puis de les mettre en réseau.

Patricia Boillaud et Matthieu Hardelin ont décris les missions de La Direccte de soutenir sur le territoire des projets de développement de compétences, de développement des emplois et de développement international. Par exemple, le dispositif, « Fonds de revitalisation des territoires » qui peut sembler loin de l’audiovisuel est celui qui a permis à La Fabrique des Formats de se créer. Depuis 10 ans, en vertu de la loi de cohésion sociale, les entreprises de plus 1 000 salariés qui procèdent à des licenciements collectifs sont soumises à des obligations de revitalisation des territoires et doivent donc contribuer à la création d’activités et au développement de l’emploi (à hauteur de 3.000 à 6.000€ par emploi supprimé). Ces conventions sont destinées à soutenir l’activité économique du bassin d’emploi touché par ces licenciements. Quels sont les types d’actions soutenues ? La création ou reprise d’entreprise, le financement des investissements des TPE et PME, la création d’emploi dans les entreprises du bassin d’emploi à revitaliser, des actions d’appui et de conseil aux TPE et PME, etc.

Stéphane Martin a rappelé la volonté de l’Afdas de travailler plus avec les services de l’Etat en région, mais il a insisté aussi sur la difficulté des entreprises du secteur audiovisuel à s’intégrer dans ces dispositifs. Il a pris pour exemple les projets d’Engagements de développement de l’emploi et des compétences (EDEC) qui ont pour objectif d’anticiper les mutations économiques, sociales et démographiques en réalisant des actions concertées dans les territoires pour permettre aux actifs occupés, en particulier ceux des TPE et PME, de faire face aux évolutions de l’emploi. Ces dispositifs très intéressants sont difficiles à appliquer dans le secteur pour différentes raisons dont celle de l’emploi en intermittence. Cependant, le spectacle vivant a déjà signé plusieurs accords nationaux EDEC qui offrent des dispositifs d’appui et de conseil aux petites entreprises du secteur et des bilans de compétences spécialisés pour les salariés du spectacle vivant. Par ailleurs, le plan des « 500 000 formations supplémentaires » se met en place, mais avec de gros problèmes de financement. Ce vaste projet, annoncé par François Hollande en 2016 vise à sortir les chômeurs de longue durée de l’impasse dans laquelle ils se trouvent en doublant le nombre de formations disponibles.

Françoise Colaitis, a présenté le dispositif Ed Fab du pôle de compétitivité Cap Digital qui accompagne les entreprises dans la formation de leurs compétences dans le numérique. Le projet est né de la compréhension par Cap digital qu’un effet de seuil existait sur l’adaptation et la prise en main de la transformation numérique. Les entreprises qui ont passé ce seuil trouvent des usages de plus en plus pertinents pour leurs données et du coup s’ouvrent des marchés, développent des expertises qu’elles n’imaginaient pas ou qui étaient impossibles avant. Cap Digital avec Ed Fab s’est donné pour mission d’aider les entreprises à passer ce seuil en considérant que la formation devait se transformer. C’est un lieu qui donne aux entreprises, aux centres de formation, aux salariés la possibilité de s’informer, de construire, d’expérimenter des formations innovantes. Une autre action de Cap Digital a été de lancer une grande étude sur l’évolution des emplois dans le secteur des médias et de l’audiovisuel pour permettre aussi de repenser la formation. Cette étude devrait paraître dans les semaines qui viennent.

Enfin, Cécile Monthiers de TF1 a expliqué comment le groupe a, sur la question de l’évolution des compétences liées au numérique, repensé totalement ses modes de formations. Les méthodes traditionnelles n’apportant aucun résultat, le groupe a mis en place un module de formation innovant de 3 jours, Parcours Connect, en mode collaboratif, avec du design thinking, de l’immersion, des visites de starts up et du co-working, sur des problématiques de business, d’infos, de contenu et de digital. TF1 a investi 3 millions d’euros sur 2 ans et chercher des financements. C’est avec l’Afdas que le groupe a réussi à développer cette formation en en faisant un parcours certifiant dans le cadre du Compte personnel de formation (CPF). Cécile Monthiers a précisé aussi qu’en matière de transformation, le groupe TF1 s’implique dans l’accompagnement de la diversité : diversité des origines, diversité des genres en renforçant la mixité en interne à tous les niveaux, et sur les antennes en repérant des femmes expertes et leur offrant du coaching pour mieux parler à l’antenne et enfin diversité dans le domaine du handicap. Sur ce dernier point, elle a signalé que TF1 challengeait beaucoup les écoles qui restent encore trop frileuses à intégrer des personnes handicapées dans leur cursus.

Isabelle Herrero a conclu la séance en faisant part de trois voies apparues au long de la séance dans lesquelles le secteur audiovisuel est entré et qui peuvent lui permettre de s’intégrer dans la politique publique de développement économique : le secteur de l’audiovisuel est une filière économique qui cherche sa cohésion, ses points de convergence avec des entreprises atomisées, une dispersion des représentations professionnelles, une surabondance de textes de références qui nuisent à sa force économique ; il apparait que la transformation numérique va permettre à ce secteur de se rapprocher des autres sans perdre son ADN. Et enfin, un changement de paradigme s’amorce dans la pédagogie et la formation professionnelle passant d’un univers avec des entreprises, des Opcas, des centres de formations à un éco-système avec des salariés, des créateurs, des producteurs, des diffuseurs qui ont besoin d’être plus agiles.