Les talents et leur formation, initiale ou continue, font partie des principaux enjeux des industries culturelles pour se renforcer à la fois en France et à l’international : savoir gérer une entreprise, savoir exporter ses atouts, savoir créer des nouveaux métiers, savoir s’adapter et se renouveler avec le digital, etc.

Un des ateliers du Forum : Entreprendre dans la culture, organisé à la Gaité Lyrique du 24 au 27 mai dernier, s’est attaché à montrer, au travers des différents témoignages d’intervenants, une illustration de la nécessité pour tous les entrepreneurs et en particulier ceux qui débutent, d’être accompagnés et de l’importance de la formation, sous toutes ses formes (initiale, continue, en alternance,…) et modalités (mentorat, communauté virtuelle, e-learning, serious games, webinar, etc.) car elle est essentielle au développement des compétences de l’entrepreneur culturel lui-même, elle constitue un levier de compétitivité et de création de valeurs pour l’entreprise, elle représente un outil d’aide à la structuration et à la pérennisation des activités.

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Photo Stéphane Boulan

Après une introduction de Kris Ludhor, directeur du développement de l’Afdas et avant des témoignages d’entrepreneurs, Bénédicte Dumeige, directrice de FranceFestivals, Clothilde Chalot, Cofondatrice de NoMadMusic, Stéphane Boulan auteur et producteur de théâtre, Mathilde Ehret-Zoghi, responsable du centre de ressource de La Malterie et Benjamin Gans, directeur de la structure EdFab, récemment créée par Cap Digital, ThinkandAct a précisé trois enjeux des secteurs culturels dans lesquels la formation est centrale :

  • Les compétences de l’entrepreneur culturel ;
  • La capacité de tout un secteur culturel à évoluer vers un modèle plus vertueux ;
  • La capacité de la culture à se renouveler pour garder sa dynamique de croissance.

La formation pour résoudre le paradoxe de l’entrepreneur culturel

Qu’il soit créateur d’entreprise ex nihilo ou à travers la reprise d’une entreprise existante (librairie, agence d’architecture, société de production de cinéma, éditeur, galerie d’art, etc.), l’entrepreneur culturel a plutôt un bon niveau de formation par rapport à l’ensemble de la société française :

  • 65% des repreneurs d’entreprises culturelles ont au moins le bac,
  • 48% ont un niveau d’études Bac + 2 alors que c’est 37% dans les autres secteurs.

Mais d’un autre côté, ils sont peu formés, au moment d’entreprendre, de reprendre une entreprise « Ils sont très peu à avoir suivi une formation spécifique sur la conduite d’une entreprise ».

Et c’est vraiment un problème pour la suite de la reprise ou de la vie de l’entreprise car on constate que plus la transmission, la création se passe bien plus l’entreprise est pérenne. L’étude réalisée sur la transmission des entreprises culturelles pour le DEPS a montré que parmi d’autres (accès au financement, juste valorisation de l’entreprise, etc.) l’enjeu de la formation de l’entrepreneur est centrale à la réussite d’une reprise d’entreprise culturelle :

  • formation sur le secteur dans lequel l’entrepreneur va opérer ;
  • formation sur le métier du dirigeant d’entreprise ;
  • formation sur la gestion, la création, le développement, le marketing.

 Beaucoup de dispositifs et d’organismes de ce type existent :

  • 80 dispositifs nationaux de droit communs de soutiens à la création d’entreprises ont été repérés dans nos études, sous des modalités diverses : informations, guides (actualisation du guide de la DGMIC sort dans quelques jours), bourses d’échanges, formations, etc.
  • Et il y a des dispositifs d’accompagnement spécifiques à la création d’entreprises culturelles qui proposent et/ou se fondent sur le principe de la formation en entreprenant : couveuse, incubateurs, pôle de compétitivité (dont la grande majorité sont soutenus par les collectivités territoriales, régions ou villes) : 60 on été créés en France dont 40 en Ile de France.

Mais pourquoi avec toutes ces possibilités, l’entrepreneur culturel n’est-il pas bien formé au moment de créer ou de reprendre une entreprise ? Deux premières raisons à cette faiblesse pourraient être avancées :

  • Une information sur les dispositifs existants qui pourrait être encore mieux relayée ;
  • Et aussi, une tendance de l’entrepreneur culturel et même du secteur culturel à se sentir différent des autres secteurs économiques quant à la création ou reprise d’entreprises OR les entreprises culturelles ne sont pas intrinsèquement différentes des autres secteurs économiques.
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Photo : Stéphane Boulan, Kris Ludhor introduisant l’atelier

La formation initiale pour faire évoluer un secteur vers un modèle plus vertueux

Le mode d’exercice de la profession d’architecte s’est presque totalement transformé depuis 30 ans. Le secteur était arrivé à un moment charnière dont les architectes, le conseil de l’Ordre et l’Etat ont pris conscience dans les années 1980.

  • A un niveau individuel : l’exercice de ce métier n’était pas assez sécurisé juridiquement et l’architecte pas assez protéger socialement (couverture sociale, retraite);
  • A un niveau macroéconomique, on constatait que l’architecture française était reconnue partout dans le monde (Le Corbusier) mais qu’elle s’exportait peu. Isolé, l’architecte avait du mal à développer son agence et à exporter son savoir faire ;
  • A un niveau microéconomique, les cabinets d’architecture avaient des charges fixes trop importantes par rapport au revenu que dégageait leur activité ;

Différentes initiatives ont été prises pour faire évoluer ce secteur, lui permette de créer plus de valeur, de s’exporter, de sécuriser l’entrepreneur lui même qu’est l’architecte (sécuriser juridique et socialement (retraite, prévoyance, etc.)

  • La formation des architectes a évolué d’une formation et d’un esprit fortement individualiste, intuitu personae, qui était la culture « Beaux-Arts », à une formation qui défendait plus le travail en équipe, la constitution des agences en entreprises, en marques. Depuis plusieurs années, les futurs architectes suivent des cours de gestion et le développement des entreprises ;
  • D’autres mesures ont été prises dont, par exemple, la possibilité de créer des sociétés de droit commun. Maintenant, les architectes exercent moins en libéral et plus en société.

La formation pour renouveler de l’intérieur les secteurs culturels

L’étude réalisée sur la transmission des entreprises culturelles a révélé aussi une autre problématique économique très importante qui est celle du renouvellement des secteurs. Dans tous les secteurs culturels, la question du désir des jeunes professionnels à se constituer comme entrepreneurs et leur capacité à accéder à l’entrepreneuriat en créant ou reprenant des entreprises existantes, a été évoquée. C’est un sujet crucial :

  • pour la pérennité des secteurs culturels. En effet l’arrêt d’une entreprise est une perte de valeur, une perte de savoir faire et une perte d’emploi ;
  • Et spécialement depuis quelques années avec le passage à la retraite de toute la génération du Baby boom.

La difficulté à trouver des repreneurs jeunes est un vrai sujet d’inquiétude pour la qualité des transmissions et donc le renouvellement des secteurs culturels.

Il est nécessaire de favoriser l’arrivée des jeunes à la tête des entreprises culturelles. Pour cela

  • par la formation à l’entrepreneuriat et à la gestion des entreprises culturelles dans ces secteurs
  • par l’accès au financement
  • par la sensibilisation à la transmission d’une entreprise sur un temps long en prônant l’association d’un entrepreneur « plus âgé » avec « des plus jeunes ».

Que ce soit dans l’exploitation cinématographique, dans l’édition et dans les librairies, dans les théâtres parisiens, si des jeunes professionnels ne peuvent pas se positionner
comme repreneurs d’établissements par manque de financement ou manque de formation, le renouvellement des « forces vives » de ces secteurs sont clairement en jeu.

En conclusion

La publication de l’Irma qui vient de sortir sur la musique va dans ce sens en montrant que les startups de la musique mobilisent fortement les dispositifs d’accompagnement réalisés par les organismes dédiés (60% d’entre elles en ont bénéficié, principalement via des incubateurs, accélérateurs ou pépinières) et que l’international est inscrit dans leur ADN.