Soutien des PDG de Canal+, TF1 et M6 à la chronologie des médias face à l’arrivée de Netflix et de Google TV, dans une lettre à Aurélie Filippetti. Mise en place des groupes de travail pour appliquer les 50 mesures du Rapport Bonnell. Rudes échanges sur la proposition du Medef de supprimer le régime des intermittents. Les professionnels du secteur du cinéma se mobilisent face à une « mutation industrielle accélérée». Mais qu’en est-il des spectateurs ? Qu’attendent-ils du cinéma ? Où et sur quels supports regardent-ils les films ? Pourquoi téléchargent-ils ? Une étude de la Commission Européenne, fondée sur une enquête en ligne de 4.608 européens de 4 à 50 ans dans 10 pays[1] dont la France,  A profile of current and future audiovisual audience[2], publiée un peu dans le désert, en décembre 2013, cherche à mieux connaître le comportement et les usages des spectateurs européens pour mieux faire face aux problèmes actuels du cinéma.

source: www.macworld.fr

source: www.macworld.fr

 

Où et sur quel support regarde-t-on des films ?

Bonne nouvelle ! 97% des répondants regardent des films au moins occasionnellement. Les européens ne se lassent toujours pas des films en 2013. Cette bonne santé du cinéma vient surtout de la diversité des supports qui permettent sa consommation: Ipad, Iphone, ordinateurs, salles obscures, TV, on peut regarder partout, en toutes positions, à toutes heures : 40% des répondants utilisent essentiellement leur smartphone, et 62% leur tablette. Rien d’étonnant. La manière de regarder, consommer un film est en pleine transformation. La salle de cinéma n’est plus, depuis pas mal de temps, la seule alternative. Mais elle garde une fréquentation élevée (87% des répondants vont au cinéma régulièrement), avec une préférence pour les multiplexes face aux petites salles, bien que la consommation du cinéma chez soi (pas besoin de sortir), à la télé ou avec un bon DVD reste la plus utilisée.

Fréquence d’utilisation des supports différents pour regarder des films (dans l’UE 10).
Source: A PROFILE OF CURRENT AND FUTURE AUDIOVISUAL AUDIENCES- Final report

 

L’éducation au cinéma favorise la diversité des goûts cinématographiques

Les répondants de l’enquête s’identifient pour plus de la moitié à des « éduqués du cinéma ». Ayant participés à des programmes d’éducation du cinéma, à l’école, à l’université ou dans le cadre d’une formation personnelle, beaucoup d’entre eux soulignent le bénéfice que leur a apporté cette sensibilisation : une autre façon de consommer le 7ème art, plus diversifiée. Culture se corrèle avec consommation.

Il me faut un « like » !

Le cinéma n’est-il pas seulement un moyen de se distraire pour la plupart des spectateurs ? Non. Il permet aussi de découvrir d’autres cultures, d’autres peuples ou encore vivre des émotions, des moments de joie, de malheurs. Encore faut-il choisir le film : s’informer du casting, du réalisateur, des personnages, des qualités de production. La valeur sociale du film est aussi au cœur de la problématique du choix : articles, bouche à oreille, réseaux sociaux, décisions de groupes ; un like sur Facebook a beaucoup d’influence sur son cercle d’amis. Internet est un cercle vertueux pour la diffusion du cinéma : 60% des spectateurs suivent des comptes relatifs au cinéma sur Facebook et autres réseaux sociaux. D’ailleurs les comptes les plus populaires sont ceux des films, des acteurs et des personnages de films !

Quel est ce spectateur européen ?

Un des points clef de cette étude est la compréhension des préférences de ces publics européens. Si le spectateur réel est un enfant, une femme, un homme, le spectateur européen existe-t-il? Oui dans cette étude car le public est analysé à travers une segmentation comportementale. Naissance de 5 profils types de spectateurs : cinévores, ciné-sélectifs pressés et indépendants, fans de blockbusters, butiners de hits, ciné-indifférents. Notons que cette typologie a une visée principalement marketing permettant de comprendre les attentes particulières de chaque groupe de spectateurs : les fans de blockbusters sont à la recherche de grand spectacle, les ciné-indifférents, majoritairement des hommes, relativement pauvres, vivant dans des zones semi-urbaines ou rurales, s’intéressent peu aux films en dehors des films d’action, les cinévores ont besoin d’une connexion sociale avec le film.

Source: www.lexpress.fr

Source: www.lexpress.fr

Pour mieux répondre aux enjeux actuels du cinéma, national ou européen, l’étude rassemble ces différents groupes en profils secondaires : téléchargeurs gratuits, europhiles, influenceurs, ciné-éduqués et les non-équipés-cinémas. Apparaissent alors plus clairement les faiblesses du cinéma européen : un coût trop élevé, une étroitesse des catalogues, un manque de disponibilité des films, une inaccessibilité à la salle de cinéma, un manque d’informations sur les films.

Tous les genres au programme avec un faible pour l’action !

Les spectateurs européens regardent une grande variété de genres de films : 67% des répondants disent regarder au moins un film dans les 24 genres proposés par l’étude. Des films de niche (westerns, horreur, comédie musicale) aux autres James Bond, Intouchables, ou Stars Wars, toute la diversité du cinéma apparaît dans cette enquête avec, cependant, une préférence soulignée pour l’action, la comédie pour 95% des 4.608 interviewés. À noter que les films d’action, blockbusters, science-fiction, thriller (richesses visuelles et sensations fortes soulignées par une narration captivante) font perdurer la fréquentation des salles obscures.

Et le cinéma européen dans tout ça ?

Les films nationaux sont appréciés pour les acteurs, le contenu souvent drôle, la qualité. Un échantillon de films européens (films produits en Europe et non aux Etats-Unis ou dans le reste du monde) a été présenté aux interviewés. Ils sont salués pour leur « originalité », leur « créativité » mais l’histoire est jugée ennuyeuse, lente, lourde, avec une promotion trop faible. Oui les européens sont créatifs car les personnages sont moins stéréotypés que ceux des films américains, mettant davantage en scène des caractères complexes et variés, mais bon… c’est quand même le film américain qu’on va voir en priorité : ils ont une meilleure notoriété que les films nationaux et les films européens.

En conclusion

Bien que le cinéma européen puise sa force dans sa diversité, son originalité, bien qu’il soit innovant, avec un contenu de qualité, il ne fait pas totalement le poids face au cinéma américain (avec 80% de notoriété). En effet, au-delà de son contenu, ce sont les faiblesses de promotion, de distribution, de disponibilité et de visibilité sur tous les supports qui constituent le gouffre du cinéma européen.

Cette étude permet de soulever les différents problèmes de l’industrie du cinéma et d’identifier les axes d’une politique européenne de soutien au secteur. Avec plus de disponibilité sur tous les supports, plus de visibilité, le cinéma doit aussi savoir s’adapter au public. Voici les 3 angles stratégiques pour renforcer le cinéma européen.

 

 

 

 


[1] Allemagne, Croatie, Danemark, Espagne, France, Italie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Royaume-Uni

[2] http://ec.europa.eu/culture/media/showcase/news/20140206-audiences-study_en.htm