La 2e Rencontre CNC-SACD  de la saison 2014/2015 qui s’est tenue le 13 Janvier au CNC, propose une formation au crowdfunding pour « Ecrire et présenter son projet sur les plateformes de financement ». Ce système d’appel au financement communautaire via internet n’en est plus à être présenté ou expliqué. Maintenant, il faut s’y former ! Cette professionnalisation du secteur est l’illustration de son succès dans le monde de la culture. Oui mais succès de quoi ? D’une source de financement alternative à prendre sérieusement en compte ? D’un argument marketing permettant aux acteurs culturels de promouvoir et valoriser leurs projets ? Ou aussi d’un outil de construction d’un réseau, d’ambassadeurs et de partenaires fortement engagés dans un projet? Pour poursuivre la formation, regardons cela de plus près !.

 

D’obama à Gustave Courbet: des exemples marquants

La première campagne présidentielle de Barack Obama en 2007 qui lança le crowdfunding collecta 150 millions de dollars resterait encore un record inégalé. Mais, les exemples de projets financés et les montants alloués se déclinent aujourd’hui à l’infini. Concernant la culture, les campagnes de financement communautaire vont de la production d’un film à celle d’un album, en passant par le lancement d’un festival ou la restauration d’un tableau.

A titre d’exemple, en 2013 le Goulash Disko festival en Croatie a été le premier festival à être entièrement financé en crowdfunding à hauteur de 6.403€, sur la plateforme Ulule.  La même année, le réalisateur Zach Braff a réuni, en cinq jours, 2 millions de dollars sur KickStater, pour produire son film Wish I Was Here. L’été dernier, c’est Nice Matin, au bord de la faillite, qui se lance dans l’aventure et récolte 300.000€ pour continuer à exister. Plus récemment, Nicolas Pagnol vient de gagner son pari en faisant appel au crowdfunding sur Ulule pour financer la restauration du film de son grand-père Marcel, La Trilogie marseillaise. Il demandait 50.000€ sur un total de 150.000€.

Les grandes institutions culturelles s’y sont mises depuis plusieurs années. Le Louvre, la Fondation du patrimoine ou le musée d’Orsay ont fait appel à la générosité citoyenne. En 2010, le Louvre a initié le programme « Tous mécènes » pour l’acquisition des Trois Grâces de Cranach. Le programme a réuni 7.200 donateurs et 1,2 million d’€. Il fait actuellement appel au don pour la Table de Teschen de Johann Christian Neuber. En 2013, La Fondation du patrimoine recoltait plus de 12 millions d’euros pour 800 projets. Plus récemment, le Musée d’Orsay a financé une partie de la restauration de la toile de Gustave Courbet, L’Atelier du peintre, via le site Ulule. Il a récolté plus de 155.000€ alors que son objectif initial visait 30.000€.

 

Un secteur en croissance dans lequel la culture trouve sa place

Selon le baromètre 2013 de l’association « Financement Participatif  France« , créée en mars 2012 qui rassemble des plateformes françaises de crowdfunding, le total des fonds collectés en 2013 sur les plateformes a atteint plus de 78 millions d’euros contre 8 millions en 2011 (soit 889% de progression en 2 ans) pour 32 329 projets contre 10 000 en 2011.

La croissance du secteur est confirmée par le même baromètre sur la période du 1er semestre 2014 avec un total de 66,4 millions d’euros collectés soit le double des fonds récoltés un an plus tôt (les données sont rassemblées auprès de 37 plateformes auxquelles ont été ajoutées une estimation de 3,85 millions d’euros pour les plateformes n’ayant pas répondu au baromètre). Autre indicateur de la forte progression, les projets mis en ligne au 1er semestre 2014 représentent, à eux seuls, ¼ des projets mis en ligne depuis 2008.

Le domaine culturel se singularise par l’importance des dons plutôt que des prêts ou des investissements en capital. En effet, 3 formes d’investissement sont possibles : prêter, donner ou investir en capital. Sur l’ensemble du financement participatif, le modèle du prêt est très majoritaire et représente 60% des financements participatifs en 2013, le don représente 26% du total et le capital seulement 13%.

Dans la culture, ce sont les dons qui sont très majoritaires : 61% des dons avec récompenses et 39% de dons sans contrepartie sont destinés à des projets culturels au 1er semestre 2014. Les projets culturels sont inexistants sur les plateformes de prêt et ne représentent que 4% sur les plateformes de capital.

 

Répartition des projets selon les types de plateforme au 1er semetre 2014

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 Source :  Baromètre 1er semetre 2014 de l’association Finance Participative France

 

Les données du Ministère de la culture et de la communication illustrent exactement le même phénomène : la culture est un secteur privilégié des investisseurs sur les plateformes de dons, avec 13,78 millions d’€ levés en 2013 soit 68,9% des fonds collectés et 11,65 millions d’€ au premier semestre 2014 soit 59% des fonds collectés. Le mécénat ou surtout la philantropie, qui est l’un des fondements du financement de la culture aux Etats-Unis, se développerait-elle en France avec la transformation numérique ?

 

Part de la culture dans les fonds collectés par les plateformes de don

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Source :  Ministère de la culture et de la communiction, communiqué de presse à l’occasion de la Cérémonie de décoration de donateurs de la culture du mardi 9 décembre 2014

 

 

Une institutionnalisation en marche

L’institutionnalisation progressive du financement participatif en démontre clairement la croissance et  la pérennité.

En premier lieu, elle s’illustre par des incitations politiques. Le 9 décembre dernier, la Ministre de la culture et de la communication, Fleur Pellerin, a remis la médaille de Donateur de la culture à seize donateurs représentatifs pour récompenser le mécénat populaire. Ils ont tous été choisis pour avoir investi dans des projets de crowdfunding culturel. A cette occasion, la Ministre a annoncé la création d’un portail en ligne, avant l’été 2015, pour référencer tous les projets patrimoniaux ou artistiques en recherche de financements.

Au niveau juridique, le crowdfunding est régi par l’ordonnance du 30 mai 2014 relative au financement participatif, qui distingue les plateformes de prêts et celles de dons qui font l’objet de déductions fiscales.

Mars 2012 avait été une date clé de l’institutionnalisation du secteur avec la création de l’association « Financement Participatif  France ». Elle vise à une représentation collective des intérêts du secteur et « la mise en place d’un cadre réglementaire favorable au développement de la finance participative ». Une quarantaine de plateformes en sont adhérentes. Plusieurs actions emblématiques ont alors été initiées par l’association. La rédaction en 2013 d’un livre blanc « Plaidoyer et propositions pour un nouveau cadre réglementaire », et d’un Code de déontologie en avril 2014, doivent permettre de délimiter et encadrer la pratique de la finance participative.

En parallèle, celle-ci a organisé à deux reprises des Assises de la finance participative, en septembre 2013 et en décembre 2014, sous le patronage du Ministère de l’économie et des finances, pour présenter un état des lieux et conduire à une reconnaissance institutionnelle du phénomène. Lors de la dernière édition, l’association a soumis au cabinet d’Emmanuel Macron une liste de propositions pour développer le secteur. Pour les plateformes de dons, par exemple, elle propose de « faciliter l’accès des collectivités territoriales au financement participatif ».

Enfin, elle mène une action d’information et de communication avec la mise en place du Tour de France de la Finance Participative qui a débuté en septembre 2014 et qui se terminera au printemps prochain. Il s’agit de présenter le fonctionnement, le cadre réglementaire et les enjeux du financement participatif auprès des acteurs locaux.

 

Conclusion

Il apparaît que les diverses formes du financement participatif soustendent des logiques totalement différentes. Par l’apport en capital on devient investisseur, par le prêt on devient une banque et par le don on devient un mécène ou un philantrope. Dans le domaine de la culture, ce modèle existe depuis toujours aux Etats-Unis où 43% des revenus des organisations culturelles proviennent de la philanthropie[1]. Le développement de ce financement affirme la figure d’un citoyen mécène, participant actif à la vie culturelle et artistique de la cité. Cette philantropie citoyenne représente une alternative au financement traditionnel de la culture. Alternative très recherchée en ce moment !


[1] Source : Philanthropie culturelle et économie du don aux Etats-Unis, un modèle exportable ? de Laurent Mellier