Le 5 mars dernier s’est tenu à Paris le colloque-débat « Métiers d’art, Mode, Luxe : comment transmettre votre PME ? » organisé par la CCI Île-de-France, soutenu par le Ministère de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme, la DGCIS et l’INMA.

Devant une salle comble, remplie de professionnels, l’importance de la transmission des savoir-faire uniques de ces métiers et la nécessité de mettre en place des dispositifs de soutien à la transmission des entreprises a été rappelée. L’objectif est de préserver « des savoir-faire d’exception dans des secteurs qui contribuent fortement à la dynamique du tissu industriel, à l’artisanal et au rayonnement de la France » [1].

 

La transmission, un enjeu crucial

La transmission-reprise est un enjeu crucial de l’économie française. Tous secteurs confondus, 600.000 entreprises sont à transmettre dans les 10 ans à venir. Or 63% des entreprises finissent par fermer faute de repreneurs et 1,5 millions d’emplois sont concernés chaque année[2]. L’intérêt pour la transmission s’accélère depuis plusieurs années déjà avec le phénomène de vieillissement de la population, les baby-boomers partant à la retraite.

Ce secteur des métiers d’art concentre et illustre les difficultés de l’acte de transmission que l’on peut rencontrer dans beaucoup d’autres secteurs et particulièrement dans celui de la culture : un dirigeant qui est encore un homme orchestre, des talents et savoir-faire rares, des très petites entreprises, de la valeur immatérielle, etc.

 

Les métiers d’art, un héritage pour l’avenir

Un métier d’art se définit par la mise en œuvre de savoir-faire complexes pour transformer la matière afin de réaliser des objets uniques ou des séries qui présentent un caractère artistique. L’artisan est un professionnel qui maîtrise ce métier dans sa globalité. En plus d’être artisan, c’est aussi un artiste.

Source: INMA - ATELIER LUC-BENOIT BROUARD - Maître verrier

Source: INMA – ATELIER LUC-BENOIT BROUARD – Maître verrier

« Diversité » est le mot d’ordre des métiers d’art. Se répartissant en 19 secteurs (bois, pierre, art floral, textile, verre etc.), ces 200 métiers impliquent à la fois des processus manuel et créatif, une dimension artisanale et une dimension artistique. Transmis à travers les siècles et de génération en génération, certains secrets perdurent et d’autres disparaissent. C’est pour éviter cette disparition, pérenniser ces entreprises singulières et les aider à innover que la France prend soin de ces métiers d’exception en mettant en place des dispositifs de transmission de savoir-faire.

 

« Made in France » vendeur…

Ces métiers d’art représentent donc un atout majeur pour le rayonnement de la France à l’étranger et pour le dynamisme économique du pays. Ces métiers ciblent une clientèle bien particulière. Par exemple, le site de ventes de coupoles d’Eric Bonte (présent comme intervenant) a été traduit en russe, chinois, arabe, les maisons d’art floral ou d’art textile ont pour clients des grandes maisons de couture.

La France compte environ 40 000 entreprises de métiers d’art (TPE) qui emploient 60 000 salariés. Leur chiffre d’affaires se monte à 8 milliards d’euros. Le chiffre d’affaire total à l’export s’élève lui à 727[3] millions d’euros. Sur le département de Paris, en 2010, 30% des artisans d’art avaient plus de 60 ans. Une transmission doit être  anticipée 3 à 5 années à l’avance dans les métiers d’art, de la mode et du luxe, nécessitant un accompagnement long.

source: marketingstories.net

source: marketingstories.net

 

… d’où la mise en place de dispositifs…

Début février 2011, la DGCIS avait lancé un appel à projets dans les industries du luxe qui visait à favoriser la transmission et la reprise des entreprises. C’est finalement la CCI de Paris qui a mis en œuvre un dispositif d’appui et d’accompagnement plus adapté aux spécificités du secteur de la mode, du luxe et des métiers d’art. Ces entreprises qui détiennent de remarquables savoir-faire avec un haut niveau de créativité, peuvent être maintenant transmises plus facilement. Une cinquantaine d’entreprises ont été accompagnées grâce à ce dispositif depuis deux ans et ce colloque a permis de valoriser cette aide auprès d’un public potentiellement concerné.

Par ailleurs, la transmission plus spécifique du savoir-faire est aussi soutenue, depuis 20 ans, par un dispositif du Ministère de la Culture et de la Communication et de l’INMA, le dispositif Maîtres d’art – Elèves. Le titre de maître d’art est décerné à vie et engage son détenteur à transmettre ses savoirs et savoir-faire à un élève de son choix. Cette transmission se fait sur 3 ans avec une allocation donnée au Maître d’art de 16 000€ par an.

 

… et d’un nouveau guide pratique du cédant spécialisé dans les métiers d’art

Un guide rédigé par la DGCIS et la CCI de Paris, à destinations des professionnels des métiers d’art, de la mode et du Luxe a été distribué lors de cette journée. Il a pour objectif de présenter toutes les étapes de la transmission, d’accompagner la réflexion du cédant, de l’aider à trouver des réponses à ses questions. Il est ainsi fortement conseillé au repreneur de se faire accompagner pendant un temps par le cédant après la reprise car le passage de relais dans ces métiers est primordial.

Pour en savoir encore plus sur les métiers d’art, rendez-vous aux Journées européennes des métiers d’art, les 4, 5, 6 avril 2014.

 

source: journeesdesmetiersdart.fr

source: journeesdesmetiersdart.fr

 


[1] Communication de Sylvia Pinel, Ministre de l’artisanat, du commerce et du tourisme dans le guide pratique « Mode, luxe, métiers d’art, comment transmettre votre PME »

[2] Source : Guide pratique du cédant « Mode, lux, métiers d’art, Comment transmettre votre PME ? »,  DGCIS, CCI Paris-IDF, Mars 2014

[3] Source : les 2 chiffres sont tirés de Panorama des entreprises des métiers d’art en 2009, DGCIS, Insee Sirène.