Où fallait-il être cette semaine, si vous n’étiez pas à Cannes, vous demandant avec d’autres « professionnels de la profession » ce que rapporterait « Welcome to New York » à ses producteurs, quel serait le montant de la ponction du gouvernement sur le CNC ou pourquoi les dirigeants de Netflix n’avaient pas encore cherché à vous rencontrer? Il fallait être à la très instructive et intéressante journée  du 20 mai sur l’entrepreneuriat culturel organisée par la DGMIC dans le cadre de Silicon Valois. Vous y auriez croisé des incubateurs, des clusters, des pépinières, une coopérative d’activité et d’emploi des secteurs de l’édition numérique, du jeu vidéo, de la production audiovisuelle, des financiers de l’IFCIC et de la Compagnie fiduciaire, des représentants d’Europe Creative (ex programme Media). Et qu’auriez-vous appris, vous jeunes ou moins jeunes créateurs de projets culturels ?

Grande variété des dispositifs d’accompagnement à la création et au développement des entreprises

Il y a une grande variété des modes d’entrepreneuriat culturel qui vont de l’économie sociale et solidaire à l’entreprise classique SARL, SA ou autre. Plusieurs dispositifs sont venus se présenter dont :

  • Le Labo de l’Edition , incubateur et espace de coworking dans le secteur de l’édition  numérique. Plutôt richement doté ce dispositif a déjà à son actif 30 starts-ups devenues pérennes (dont les 2/3 des entreprises développées par des nouveaux entrants), 10 levée de fonds, 100 emplois. Sa directrice regrette cependant le peu d’empressement des acteurs traditionnels de l’édition et de la librairie à s’emparer de cet outil de renouvellement du secteur ;
  • La résidence d’entrepreneurs culturels Créatis, fondée en 2008 dans les locaux mythiques de la Gaîté Lyrique à Paris, propose aux entrepreneurs axés sur l’innovation dans tous les domaines culturels, une proposition d’hébergement souple et évolutive, une insertion dans un eco-système verteux, un accompagnement sur mesure par des experts et un accès facilité à des financements. Créatis accueille plus de 40 entreprises sur 115 poste de travail en mode incubateur ou coworking.
  • La coopérative d’activité et d’emploi (CAE) Clara ouverte à tous les domaines culturels. Ce modèle, appartenant au champ de l’économie sociale et solidaire (ESS), né en 1995, s’est surtout développé à partir de 2002. Les CAE s’adressent aux personnes qui souhaitent créer leur propre emploi dans le cadre d’une démarche artistique ou culturelle et qui cherchent à tester la viabilité de leur projet et peuvent aussi vivre d’une multi-activité (artiste et enseignant, etc.). La CAE Clara compte près de 100 entrepreneurs (25 entrepreneurs accompagnés et 75 entrepreneurs salariés) dont 30 à 35 nouvelles personnes par an.
  • Le Mila est un dispositif créé pour réhabiliter un quartier du 18ème arrondissement de Paris. Le projet a été d’y attirer des entreprises de la musique, choisies pour la qualité de leur projet, leur dynamique et leur capacité d’innovation, et de leur proposer des tarifs préférentiels de location d’espaces pour animer et développer économiquement ce lieu. Depuis 2002, près de 60 entreprises se sont ainsi implantées dans le quartier.
  • Le groupement d’employeurs Mezzanine admin s’est constitué en autour de l’envie de producteurs de cinéma indépendants et d’associations du Spectacle Vivant de mutualiser leurs moyens. De deux adhérents en 2010, nous sommes passés à 42 adhérents en 2014…

 

Lancement du site www.entreprendre-culture.fr

Ce site veut être le réseau d’information de l’entrepreneuriat culturel. A terme, les dispositifs de soutien, d’aides aux entrepreneurs culturels existants dans chaque région seront répertoriés. L’idée est d’être un outil d’information pour les porteurs de projets qui cherchent à identifier les structures pouvant les soutenir dans leur développement. C’est également un outil à destination de ces dispositifs pour mieux se connaître entre eux, identifier des bonnes pratiques, devenir une force de frappe ensemble. En 3 jours, 57 dispositifs s’étaient déjà répertoriés.

 

Edition 2014 du guide « Entreprendre dans les industries culturelles »

L’édition 2014 du Guide « Entreprendre dans les industries culturelles » a été présentée pendant cette journée (disponible sur le site du Ministère). On y trouve tous les dispositifs nationaux de soutien à la création, la reprise et au développement des entreprises : les subventions, prêts, garanties bancaires, mesures fiscales, aides à l’embauche, assurances et conseils et accompagnements. Le constat qui avait prévalu à l’élaboration de ce guide, selon lequel les entrepreneurs, dirigeants et autres professionnels de la culture connaissaient mal les dispositifs « de droit commun » c’est à dire destinés à tous les secteurs économiques, reste valable. La nouveauté tient principalement à la présentation des nouveaux prêts ou garantie de BPIfrance et de l’IFCIC.

 

Les constats du rapport de Steven Hearn Sur le développement de l’entrepreneuriat culturel en France

Le créateur de 3ème Pôle, de Créatis et de Scintillo, l’administrateur de la Gaîté Lyrique à Paris a été missionné, en 2013, par Aurélie Filipetti, ministre de la culture et de la communication et Fleur Pellerin, à l’époque, ministre déléguée chargée des petites et moyennes entreprises, de l’innovation et de l’économie numérique pour mener une mission de concertation, de réflexion et de propositions sur les problématiques liées à l’entrepreneuriat culturel. Steven Hearn a rencontré plus 120 entrepreneurs culturels de tous les domaines de la culture, ayant créé leur entreprise depuis moins de 3 ans, mais dont « 95% avaient à voir quelque chose (pas forcément tout) avec le numérique ». Que nous apprend ce rapport qui sera rendu public à la fin du mois de juin ?

Les entrepreneurs culturels se considèrent comme entrepreneurs à part entière. Ils regardent la culture comme une opportunité de créer, de proposer des œuvres mais aussi comme une opportunité commerciale. Et ils ne s’en cachent pas. Et pourtant leur tâche ne semble pas facile d’emblée. Globalement, ils se sentent incompris des acteurs économiques (les banquiers, business angels et autres fonds d’investissement), éloignés des institutions traditionnelles de la culture (comme s’il y avait des acteurs « purs » de la culture et des acteurs « impurs » dont ils feraient partis), peu compétents dans le domaine managérial et enfin sous capitalisés ce qui rend leur démarrage plus dur. Ce portrait n’a rien de sombre parce que des solutions existent. Ces propositions qui tournent autour de la création d’un outil spécifique piloté par la BPI, de permettre aux entreprises culturelles d’être éligibles à des lignes budgétaires existantes dans l’économie sociale et solidaire et dans le soutien à l’innovation, de les pousser à se donner une représentation publique, réfléchir à un fonds d’investissement à l’amorçage seront détaillées à la remise du rapport le 25 juin prochain.