En marge de la chronique de Vincent Maraval « Les acteurs français sont trop payés ! » publiée dans Le Monde daté du 29 décembre 2012 qui a lancé un sacré pavé dans la marre et déclenché de multiples remous, il est intéressant de se plonger dans l’étude sur L’emploi dans les films cinématographiques[1] récemment publiée par le CNC et le groupe Audiens. En analysant les chiffres un peu autrement que ne le fait la synthèse du CNC, on constate que le secteur du cinéma est en effet un secteur qui ne vit pas si mal quant au salaire moyen et à son utilisation du crédit d’impôt mais qu’il pourrait aussi évoluer sur pas mal de points : la population salariée y est moins qualifiée que dans d’autres secteurs, les inégalités hommes/femmes y sont fortes, le travail « régulier » concerne peu de monde.

Cette étude, publiée en décembre 2012, analyse l’emploi des 121 895 intermittents qui ont été employé sur la production des 664 films d’initiative française entre 2006 et 2010, pour une masse salariale totale de 725 millions d’euros. L’objectif était d’analyser l’emploi lié à la production des 771 films d’initiative française produits en 2006, 2007, 2008, 2009 et 2010. L’étude porte finalement sur 664 films. L’absence de 107 films qui n’ont pas pu être identifiés par Audiens ne déforme que peu l’échantillon en réduisant légèrement le nombre des films à petits budgets et celui des films ne bénéficiant pas du crédit d’impôt.

La grande majorité des films bénéficient du crédit d’impôt et, heureusement, car ils mobilisent 95% des effectifs de l’intermittence

Sur les 664 films, 523 soit 79% ont bénéficié du crédit d’impôt cinéma. Ces films sont ceux qui se font en France. Ils ont mobilisé 95% des effectifs et ont généré 85% de la masse salariale globale.

141 films soit 21% n’ont pas bénéficié du crédit d’impôt. Ce sont majoritairement des films qui se font en partie à l’étranger : à l’analyse des données, on constate qu’ils emploient plus d’hommes que les autres et assurent un salaire moyen plus élevé.

Nombre d’intermittents et masse salariale sur les films avec et sans crédit d’impôt

 

 

 

Source : CNC et Audiens, L’emploi dans les films cinématographique, graphique ThinkandAct

 

Les hommes plus souvent cadres et donc mieux payés que les femmes sur les films

On sait que le cinéma est un milieu plus masculin que féminin mais on constate, à travers les chiffres par sexe et statut :

  • que le nombre de cadres y est faible : 5% de cadres dans ce secteur alors qu’ils sont 15% dans l’ensemble de la population salariale française ;
  • que les hommes y sont beaucoup plus souvent cadres que les femmes. Moins de femmes cadres que dans beaucoup de secteurs. En moyenne 13% des femmes salariées sont cadres (mais ce chiffre n’apparaît pas dans cette étude)
  • Les hommes représentent 57% des effectifs et captent 69% de la masse salariale, les femmes représentent 43% des effectifs et captent 31% de la masse salariale.
  • Le salaire moyen par film des intermittents techniciens[1] (hors artistes-interprètes) s’élève à 2.719€. Il est de 3.184,4€ pour les hommes et de 2.251,7€ pour les femmes.

Ainsi, la population hommes est mieux payée que la population femmes, parce que les hommes y sont plus souvent cadres que les femmes.

 

Emploi moyen par film entre  2006 à 2010



 

Source : CNC et Audiens, L’emploi dans les films cinématographique, graphique ThinkandAct

 

Plus le devis du film augmente, plus la répartition de la masse salariale entre hommes et femmes se creuse à la défaveur des femmes

Sur les films à moins de 1M€, 35,9% des intermittents sont des femmes et elles captent 38,8% de la masse salariale, sur les films entre 4 et 7 M€, elles représentent 42,3% des intermittents et captent 35,3% de la masse salariale et sur les films à plus de 15 M€, elle représentent 37,5% des intermittents et captent 25,8% de la masse salariale.

Répartition de l’emploi dans les films selon le devis de production et selon le sexe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source  : CNC tableau page 30

En revanche, sur les cadres et non cadres l’égalité se renforce avec l’augmentation du devis du film. En effet plus le devis augmente, plus le nombre de cadres baisse et plus la masse salariale consacrée à ces derniers se réduit. Et à l’inverse, plus le devis augmente plus le nombre de non cadres augmente et plus la masse salariale non cadre s’élargit.

Répartition de l’emploi dans les films selon le devis de production et selon la catégorie professionnelle

 

 

 

 

Source : CNC et Audiens, L’emploi dans les films cinématographique, déc 2012, graph ThinkandAct

 

Peu d’intermittents travaillent régulièrement

On peut considérer qu’une personne travaillant régulièrement dans le secteur cinématographique est la personne qui réussit à faire ses heures pour avoir à la suite une période de chômage : 507 heures en 10 mois pour être indemnisé pendant 8 mois[1]. Ainsi, un travailleur régulier est celui qui fait au moins un film tous les 18 mois. Ainsi, sur 5 ans, l’intermittent régulier a travaillé sur 3,3 films.

Emploi des intermittents selon le nombre de films faits sur la période

 

 

 

 

 

Source : CNC et Audiens, L’emploi dans les films cinématographique, déc 2012, graphique ThinkandAct

Sur l’ensemble de la population des intermittente, seulement 15% ont participé à plus de 3 films sur la période. Ce nombre de « travailleurs réguliers » est très différent pour les techniciens et les artistes :

  • 35% des techniciens ont participé à plus de 3 films (36% pour les cadres et 34% pour les non cadres)
  • 10% seulement des artistes et interprètes travaillent régulièrement ce chiffre ne veut pas dire grand chose en réalité puisque cette catégorie mélange des acteurs et des figurants (cf note 2).

 

 


 

 

 

[1] Le 26 juin 2003, signature d’un protocole d’accord entre le MEDEF et trois centrales syndicales au cours duquel les annexes (8 et 10) sont modifiées. Depuis, 507 heures de travail sur 10 mois sont nécessaires pour être indemnisé pendant 8 mois.

[1] Nous avons retiré du calcul du salaire moyen des intermittents les artistes interprètes car on trouve dans cette même catégorie des participants aux films très différents : du rôle titre au figurant pour une seule journée. Calculer leur salaire moyen n’a donc pas grand sens.

[1] Titre exact : L’emploi intermittent dans le tournage des films d’initiative française de fiction agréés entre 2006 et 2010