Netflix, Google, Amazon, MyTF1, Pluzz, Univerciné, MUBI, etc… les données personnelles complétées, les traces laissées par vos recherches ou vos « flâneries en ligne » sont utilisées par tout le monde numérique, audiovisuel ou autre. Instance de régulation responsable, le CSA a mis en place un groupe de réflexion prospectif le « CSAlab » qui autour « d’experts » a pour objectif «d’enrichir l’appréhension qu’a le conseil des enjeux du numérique, d’éclairer certaines de ses orientations et d’identifier les évolutions du secteur qui pourraient influer sur ses activités ».

Pour son premier rapport, publié ce mois de janvier 2017, le CSAlab se penche sur le « rôle des données et des algorithmes dans l’accès aux contenus ». 20 pages légèrement ardues pour l’internaute béotien, l’abonné à Netflix, le consommateur de replay qui sommeille en chacun de nous !

Pour vous simplifier la vie, la Newsletter ThinkandAct vous propose une synthèse opérationnelle de ce document en 3 outils : d’abord un glossaire des notions de base du « monde numérique » qui sont données dans le texte (si vous aviez manqué le début du numérique), puis un tableau comparatif des deux grands types d’algorithmes utilisés dans l’audiovisuel et enfin les trois principaux enjeux de politique publique face au développement des algorithmes.

 

Définitions et concepts

 

 

 

 

Source : CSAlab (hormis les 3 dernières définitions), réorganisation ThinkandAct

Présence et types d’algorithmes utilisés dans l’audiovisuel

Les données personnelles que l’individu a lui même renseigné ainsi que les goûts et les usages dont il a laissé des traces dans l’utilisation des différents supports de consommation des contenus sont omniprésents, importants et très utilisés dans l’audiovisuel : moteur de recommandation, publicité programmatique, programmation musicale des radios, cross média, etc. Ce que souligne le CSAlab c’est que ces informations ou traces révèlent plus de l’identité de l’individu que ses recherches de réservations de voyage ou de commandes de plats cuisinés. D’où la nécessité de bien en comprendre le fonctionnement!

Les grandes plateformes numériques recourent de plus en plus aux algorithmes prédictifs pour personnaliser le service rendu aux clients et fournir des éléments utiles à la prise de décision. Deux grands principes algorithmiques distincts sont utilisés par les moteurs de recherche présents sur les services de SVOD, VOD ou télévision de rattrapage :

 

 

 

 

 

Source : CSALab, réorganisation ThinkandAct

 

Le CSAlab remarque qu’un «algorithme « bien tempéré », disons bien équilibré, doit prendre en compte à la fois des signaux forts (exploiter les acquis) et des signaux faibles (exploration de nouvelles potentialités) et que les plateformes numériques pour proposer du contenu peuvent utiliser en même temps les deux types d’algorithmes, statistique et sémantique.

 

L’utilisation des algorithmes dans l’audiovisuel face aux enjeux de politique publique

Les algorithmes ne sont pas mauvais « en eux-mêmes », précise la note du CSAlab, mais dans l’utilisation qui en est fait et le poids monopolistique que peuvent avoir les acteurs qui les manient. Même si, pour les auteurs, ce secteur évoluant très vite, la volonté de régulation serait vouée à l’échec, il est important de préciser comment les objectifs de la politique publique sont questionnés par les algorithmes, pour pouvoir émettre des propositions pertinentes… comme celle de créer des indicateurs qui mesurerait l’apport des algorithmes à ces mêmes objectifs de la politique publique audiovisuelle : diversité, santé du secteur et droit des utilisateurs.

  • Renforcer ou maintenir la diversité culturelle : L’utilisation des algorithmes permet de faciliter la découverte d’oeuvres audiovisuelles non déjà connues par l’internaute. Grâce aux moteurs de recommandation, des films très peu exposés peuvent trouver leur public. Mais cela peut, à l’inverse, enfermer les internautes en ne leur proposant que des oeuvres semblables à celles qu’ils ont déjà consommées ou à leurs opinions déjà formulées. Le risque porté sur la diversité culturelle ne réside pas dans la suprématie des algorithmes mais dans la domination monopolistique d’un acteur dont l’algorithme ferait la loi. Il serait donc nécessaire pour le régulateur d’assurer un certain niveau d’information au consommateur sur les mécanismes directeurs des algorithmes.
  • Promouvoir une maîtrise responsable des données: Le CSAlab rappelle que la publicité utilise déjà, depuis 1986 en France avec Médiamétrie et depuis un siècle aux Etats-Unis avec Nielsen Ratings des outils d’analyse des données personnelles (sous forme d’échantillon anonymisé) pour optimiser la vente et le placement des publicités dans l’audiovisuel. Ce qui permet au secteur audiovisuel de se financer. Mais les auteurs constatent que les données personnelles qui portent sur les consommations culturelles comportent des éléments identitaires très forts. Il est donc nécessaire d’en encadrer l’utilisation. Le régulateur doit assurer un certain degré d’information du consommateur sur les mécanismes directeurs de ces algorithmes. Il serait pertinent de mettre en place une obligation stricte de transparence de l’algorithme si il conduit à un paiement ou donne un avantage à un partenaire commercial. Il faudrait aussi s’assurer que l’individu puisse accéder à des informations intelligibles sur les utilisations qui sont faites de ses données, c’est le sens du nouveau Règlement Général européen sur la Protection des Données (RGPD) : des notices moins longues, moins ambigües et compréhensibles par des personnes non expertes. L’utilisateur devrait aussi pouvoir récupérer ses données.
  • Enfin, il faut aussi garantir la loyauté des algorithmes, qu’ils ne fassent pas l’objet de détournements en usages marketing ou publicitaires cachés ou discriminatoires mais bien à un usage de personnalisation du service dans l’intérêt de l’ensemble des parties.