Les bons scénarios ne se trouvent pas seulement parmi les lauréats des Césars et des Oscars ! Moins divertissants mais tout aussi passionnants, trois scénarios de développement de l’économie française nous donnent d’ici 2020 les prévisions des emplois dans tous les secteurs économiques, dont celui de la culture.

France Stratégie a publié en 2015 au sein du groupe Prospectives des métiers et des qualifications un rapport sur les prévisions d’emplois dans les métiers entre 2012 et 2022. Il s’agit de faire des scénarios de prévisions de la création d’emplois dans l’économie à partir de 3 scénarios : un scénario central correspondant à une sortie de crise progressive, contrainte par l’ajustement des finances publiques, un scénario «de crise» envisageant une dégradation tendancielle de la compétitivité, et un scénario «cible » de rebond de l’économie française.

1. Les caractéristiques et tendances de l’emploi dans les métiers culturels

  • Dans un premier temps, l’étude nous permet d’établir, à partir de plusieurs indicateurs, les caractéristiques de l’emploi dans un secteur et sa capacité à en créer. Ces indicateurs sont la tertiarisation, la place des femmes, la place des jeunes et des seniors, la mobilité et enfin la formation (dont l’apprentissage, qui devrait fortement se développer en France). Les professions des arts et des spectacles (U0Z) et de la communication et de l’information (U1Z) compte aujourd’hui 550 000 emplois : 65% dans les arts et spectacles et 35% dans la communication et l’information.
  • Les femmes occupent près de six emplois sur dix dans les professions de la communication et de l’information, mais quatre sur dix seulement dans les métiers des arts et des spectacles. Enfin, bien qu’elles soient légèrement plus présentes parmi les débutants que dans les générations plus anciennes, la proportion de femmes dans ces métiers reste stable depuis quinze ans et devrait peu évoluer à l’horizon 2022.
  • Les professionnels de ces secteurs sont légèrement plus qualifiés que dans d’autres secteurs permettant ainsi de plus nombreuses créations d’emplois que dans la moyenne des secteurs et des départs en fin de carrière plus différenciés. Les progressions d’effectifs devraient profiter aux jeunes diplômés du supérieur, même si dans ces métiers le turnover ou les contrats courts sont plus élevés que dans l’ensemble des métiers.
  • La mobilité professionnelle est sensiblement plus élevée que dans la moyenne des autres secteurs. Les emplois sont en partie pourvus par des personnes qui habitaient auparavant dans une autre région ou à l’étranger. Dans la majorité des cas, ces métiers sont concentrés dans les métropoles et ont un marché du travail qui relève de « marchés professionnels », c’est à dire qui font appel à de fortes compétences cognitives et pour lesquels les changements d’employeurs avec continuité dans le même métier sont fréquents, dans une logique d’accumulation d’expériences professionnelles.
  • Estimés à 101 000 sur la période 2012-2022, les départs en fin de carrière concerneraient chaque année 1,7% des personnes, soit une proportion nettement inférieure à celle estimée sur cette période pour l’ensemble des métiers (2,3 %). Dans ces professions plutôt jeunes et comptant une proportion importante d’indépendants (autour de 30 % des professionnels des arts et des spectacles en 2010-2012), l’âge de départ en fin de carrière est relativement tardif, entre 61 et 62 ans en moyenne sur la période récente, contre 59 ans pour l’ensemble des métiers. Sur cette même période, un tiers des professionnels de la communication, de l’information, des arts et des spectacles ont quitté définitivement leur emploi après l’année de leurs 62 ans.
  • La formation et plus spécifiquement l’apprentissage pourraient fortement se développer dans le secteur de la culture qui sont des métiers à «marchés professionnels». Cependant, le développement de l’apprentissage suppose une certaine stabilité de la relation d’emploi avec l’entreprise alors que ces métiers sont marqués par une forte proportion d’emplois de courte durée.

2. L’emploi dans la culture selon les scénarios

« L’essor des professions de la communication, de l’information, des arts et des spectacles », nous dit le rapport, « devrait se poursuivre à l’horizon 2022, porté par le développement du multimédia, des activités audiovisuelles et de la demande de loisirs ». Mais combien d’emplois vont se créer dans ces secteurs selon les différents scénarios :

image 1Dans le scénario central correspondant donc à une sortie de crise progressive dans un contexte contraint par l’ajustement des finances publiques, les secteurs les plus créateurs d’emplois seraient, comme par le passé, les services liés à la santé, l’action sociale, l’éducation et les services aux personnes, ainsi que les activités culturelles et informatives qui se place, avec 97 000 créations nettes d’emplois, en 6ème secteur créateur d’emplois sur les 35 secteurs économiques. En pourcentage proportionnellement au nombre d’emplois déjà existant dans le secteur des activités culturelles serait même le premier secteur créateur d’emplois.

 

Source : ThinkandAct, données Rapport France Stratégies, les métiers en 2022, avril 2015

 Le scénario de crise envisage une dégradation durable de la compétitivité française et européenne. En conséquence, la demande publique subirait un fort ralentissement et les agents économiques devraient faire face à un renforcement de leurs contraintes financières. L’impact sur l’emploi est assez différent d’un secteur à l’autre et le secteur des activités culturelles et récréatives fait partie des secteurs dans lesquels l’emploi est fortement impacté : avec 81 000 créations nettes d’emplois, il est le 11ème sur 35 secteurs à perdre des emplois, avec également le développement d’emplois « low cost ».

 Le scénario cible envisage au contraire une croissance de la productivité de l’économie française prenant appui sur une stratégie d’investissement et d’innovation qui irrigue l’ensemble de l’économie et facilite l’éclosion de nouvelles activités. Le secteur des activités récréatives et culturelles profite, en fait, plus faiblement que d’autres secteurs de l’embellie pour faire croitre la création d’emplois. Avec 109 000 créations nettes d’emplois sur la période, les arts, spectacles et information est le 21ème domaine créateur d’emplois sur 35 catégories de métiers. Cette moindre création d’emplois que d’autres s’explique par deux phénomènes :

  • Des activités qui ont subi de fortes coupes budgétaires et qui mettraient plus de temps à se redresser et créeraient un peu moins d’emplois comparativement au scénario central ;
  • Des activités fortement touchées et innovantes dans le numérique et qui, pour le moment, ne sont pas dans des modèles économiques créant fortement des emplois. Par exemple, « dans les métiers de la presse écrite, les mutations technologiques ne seraient pas favorables à l’accroissement des emplois sauf si le consentement à payer l’information et si ce secteur parvenait à mieux valoriser ses audiences, sur le marché publicitaire notamment.

3. Conclusions

Plusieurs éléments que cette étude permet de mettre en avant, comme autant de ressorts de développement de l’emploi, pourraient servir d’axes de travail aux politiques nationales et régionales dans les métiers de la culture et de la communication :

image 2

  • La place des femmes qui, encore, dans les métiers des arts et des spectacles est plus faible que dans la moyenne de l’économie, surtout sur des postes de cadre ;
  • Le soutien public aux secteurs culturels et d’information sont importants, même en période de crise. Si les coupes budgétaires sont trop fortes, ces secteurs ont plus de mal à se redresser et à créer des emplois que d’autres secteurs ;
  • L’innovation doit être réfléchie, anticipée et accompagnée pour qu’un secteur ne se laisse pas déborder par les bouleversements qu’entraîne le numérique ;
  • La formation professionnelle dont l’apprentissage est le moteur principal donnant aux professionnels la capacité de rebondir, de progresser dans un même secteur ou d’en changer si nécessaire et aussi permet à un secteur d’affirmer sa place dans la compétition internationale.