Le 69ème Festival de Cannes commence après demain, mercredi 11 mai 2016. Pitch de projets, recherche de financements, recherche de producteurs, recherche de coproducteurs de toutes nationalités, signatures de contrats de films seront le quotidien d’une bonne partie des festivaliers. « La France joue un rôle central dans le soutien aux cinéastes du monde entier et dans la promotion de la diversité culturelle » indique Frédérique Bredin. Et justement, quelles sont les attentes de producteurs étrangers et de producteurs français en matière de coproduction, de développement de projets cinéma et audiovisuel en commun ?

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La Région Alsace, l’Eurométropole de Strasbourg, Europe Creative et la Medien- und Filmgesellschaft Baden-Württemberg ont commandité une étude auprès de producteurs, publiée le mois dernier et réalisée par ThinkandAct, qui apporte des éléments concrets. Quelles sont les motivations des producteurs pour travailler avec d’autres nationalités ? Quels sont les obstacles ? Que pourraient proposés deux territoires associés pour faciliter et attirer ces coproductions de plusieurs nationalités ?

 

 

 

I – Motivations et obstacles aux coproductions

Pour les producteurs, tous les éléments d’un film incitent à mener des coproductions, à travailler avec des producteurs d’autres nationalités, partout dans le monde : décors, recherche de financement, recherche de compétences techniques et de talents spécifiques, souhait de collaboration avec un producteur étranger. Qu’en est-il précisément des producteurs allemands et français interrogés dans le cadre de l’étude ?

  • Pour les producteurs français, la première motivation d’une coproduction est financière : à la recherche de financements, l’Allemagne leur apparaît comme un gros marché audiovisuel disposant de financements importants et assez ouverts aux producteurs étrangers. La seconde motivation est artistique reposant sur le sujet du film. La troisième est la recherche de compétences et talents qui peuvent être trouvés en Allemagne.
  • Pour les producteurs allemands, la première motivation d’une coproduction avec la France est artistique plus que financière. A la fois, ils perçoivent le système de financement français du cinéma (national et régional) encore un peu protectionniste et proposant des soutiens financiers sensiblement plus limités que les financements allemands… mais l’ouverture récente du CNC aux coproductions et les aides comme « Cinéma du monde » sont plébiscitées. Par ailleurs, les talents artistiques et techniques français sont très recherchés. Enfin, la distribution d’un film en France est considérée comme très intéressante : fort écho médiatique possible et forte fréquentation du cinéma en France.

Mais plusieurs types d’obstacles peuvent empêcher ou rendre difficiles les coproductions.

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Voyons ce que disent des coproducteurs français et allemands. Des considérations qui sont valables pour bien d’autres coproductions internationales.

  • Des obstacles liés aux producteurs eux-mêmes : une faible connaissance des langues étrangères (surtout pour les français), une connaissance limitée du marché de l’autre pays et une volonté réduite de partager le pouvoir de décision.
  • Des obstacles qui tiennent à l’environnement de travail des producteurs : les réglementations nationales, les obligations de localisation des dépenses, une législation sociale de certains pays (dont la France) qui peut apparaître comme étant peu attractive, des normes de gestion différentes, la frilosité ou le manque d’intérêt des autres intervenants du marché que sont les diffuseurs, les régions, etc.
  • Un troisième niveau d’obstacles se fonde sur le surcoût qu’entraîne les coproductions (coûts de transaction, coordination, traduction, doublage des films, etc.).
  • Un quatrième niveau tient aux différences culturelles qui évoluent entre clichés et réalités : les français boivent à midi, les français parlent très mal anglais, les équipes allemandes sont très hiérarchisées.

II – Des attentes fortes pour les territoires

Pour contrer ces obstacles, les attentes des producteurs sont fortes, fluctuant entre la construction d’un monde idéal de la coproduction fondé sur des financements élevés avec des obligations de dépenses allégées ou des soutiens financiers obtenus automatiquement et l’amélioration pragmatique de la réalité en réduisant le protectionnisme des aides, assouplissant les obligations de dépenses, harmonisant les outils et documents administratifs et qualifiant précisément les ressources.

Dans ce cadre que pourraient proposer ensemble des territoires et ici le land du Bade Wurtemberg, la Région Alsace et l’Eurométropole de Strasbourg pour attirer des films et dynamiser leur filière locale ? Il s’agit d’être à la fois volontaire et pragmatique, proposant des mesures qui peuvent être mises en place dans le cadre des réglementations européenne, allemande et française actuelles et s’appuyant sur les outils et l’expertise déjà présents au sein d’Europe Creative.

  • Apporter un financement spécifique dédié aux coproductions se révèle attractif seulement s’il n’ajoute pas des obligations ou d’autres types de contraintes pour les producteurs;
  • Apporter de la souplesse dans les obligations de dépenses liées au financement local, harmoniser les outils administratifs ;
  • Faire naître des projets communs entre les producteurs locaux ou nationaux à travers des dispositifs comme des couveuses de projets, des incubateurs ou pépinières, des résidences, etc.
  • Mieux faire connaître et développer les ressources locales communes : faire se rencontrer, monter des projets communs, travailler ensemble à chaque niveau de la filière audiovisuelle locale : des écoles aux salles de cinéma en passant par les fonds d’aides et les bureaux d’accueil de tournage qui représentent un pivot central de ces rapprochements. Ils devraient recenser et qualifier (langue et compétences) les ressources locales sans faire doublon avec les fichiers existants ;
  • Apporter de l’information sur les soutiens nationaux et sur les ressources locales pour laquelle la marge de progression chez les producteurs est tout à fait conséquente ;
  • Apporter de l’expertise et faire progresser les réseaux de professionnels sur les coproductions en renforçant le rôle d’Europe Creative ; poursuivre et améliorer encore les occasions de rencontres entre producteurs et autres acteurs : des Rendez-vous de la Coproduction Rhénane aux rendez-vous personnalisés en passant par des rencontres informelles et Les Rendez-vous franco-allemands du cinéma organisés par Unifrance et la FFA ;
  • Faire savoir : intégrer ces mesures dans une stratégie de long terme pour lutter contre la frilosité des marchés, la concurrence des autres régions, la centralisation parisienne, etc. Et en affirmant par ces actions la légitimité des deux territoires sur ce sujet des coproductions franco-allemandes.

Méthodologie

Les objectifs de cette étude ont été d’analyser l’intérêt et la faisabilité d’un rapprochement entre le land du Bade-Wurtemberg et la Région Alsace/Eurométropole de Strasbourg dans le secteur de l’audiovisuel et du cinéma dans le but d’augmenter l’accueil de projets (nationaux et locaux) et de dynamiser l’activité des prestataires de chaque territoire.

Pour répondre de manière la plus fiable à ces objectifs, plusieurs méthodologies d’études ont été utilisées.

  • D’abord un diagnostic des aides financières et rePhoto4ssources existantes dans le cinéma et l’audiovisuel sur ces deux territoires a été mené ;
  • Puis, quatre études de cas de coproductions récentes ayant ou non été tournées en Alsace ou dans le Bade-Wurtemberg ont été menées à travers l’analyse approfondie des plans de financement et des devis ;
  • près de 20 entretiens approfondis et un sondage online auprès de producteurs allemands et français ont été réalisé pour évaluer leur connaissance des aides et ressources de ces territoires et leur attentes vis à vis de ces territoires pour y localiser leurs films.
  • Enfin un benchmark de partenariats, déjà existants entre territoires français et allemand dans l’audiovisuel a été fait.

 

La synthèse de l’étude a été présenté aux Rendez-vous franco-allemands du cinéma en novembre dernier