Cher Délégué général du Festival de Cannes, je vous écoutais ce matin sur France Inter …dans la matinale de Nicolas Demorand et Léa Salamé, avec Alexandra Henochsberg, distributrice chez Ad Vitam (5 films au Festival de Cannes) et David Kessler, directeur d’Orange Content et ancien directeur du CNC. C’était très intéressant « Films en salles, poésie, Netflix : modèle brillant, prochain film de Scorsese, films d’auteurs, responsable de la diversité, jeunes femmes dans les écoles de cinéma, 21 films et 3 réalisatrices dans la sélection, 20% de présence de femmes metteurs en scène à Cannes contre 7% en général dans le cinéma mondial… ».

Et puis Léa Salamé, cite une étude sur les actrices de plus de 50 ans « les femmes ne vieillissent pas au cinéma, elles disparaissent. ». Et vous dites « A la radio aussi ? Domorand et Salamé rétablissent la réalité « et non pas à la radio ! ». Mais toujours positif vous poursuivez : « Mais il y a autre chose au cinéma, il y a beaucoup de femmes professionnelles, on dit qu’il n’y a que les scriptes et les monteuses et non il y a beaucoup de femmes distributrices, productrices, vendeuses… » !

C’est à toute la profession du cinéma que nous pouvons proposer de regarder ensemble ces statistiques tirées des données du groupe Audiens, dans une étude « Portrait statistique des entreprises, des salariés et des métiers du champ de l’audiovisuel » publiée par la CPNEF AV et dont ThinkandAct a réalisé l’analyse et la société wedodata a fait les dataviz. Nous verrons, tous ensemble, qu’on peut encore bien améliorer la présence des femmes dans le cinéma !  Voici 10 points clés :

 

1 – L’audiovisuel compte plus de salariés hommes que de salariées femmes (59% et 41%) et ce dans des proportions supérieures
à celles de l’ensemble de l’économie française
. En effet, la population active française compte 52% d’hommes pour 48% de femmes.

2 – Oui, le secteur du cinéma est plutôt avancé sur la question de l’encadrement entre hommes et femmes

En effet, en proportion de leur nombre dans le secteur, presque autant de femmes sont cadres que les hommes : dans la production audiovisuelle et cinéma et dans la prestation technique image et son : 26% des femmes travaillant dans le secteur sont cadres et 32% des hommes travaillant dans ce secteur le sont ;

Répartition des par sexe des cadres dans 2 secteurs audiovisuels

3 – Mais au total, sur l’ensemble des salariés du secteur, les femmes cadres sont moins nombreuses que les hommes cadres parce qu’elles sont moins nombreuses dans l’ensemble du secteur (cf plus haut) et aussi parce qu’elles quittent le secteur plus jeunes et donc réussissent moins à gagner en expérience. Dans la production audiovisuelle et cinéma et dans la prestation technique image et son, parmi les cadres 36% sont des femmes et 64% sont des hommes[1].

 

4 – En termes de salaires, on peut dire qu’hommes et femmes ne sont pas loin les uns des autres. Les salaires médian et moyen entre hommes et femmes sur les différents métiers sont assez proches. Et c’est vrai aussi sur les différents nombres d’heures travaillées (+ 1000 heures, entre 501 et 1000 heures, moins de 500 heures) sont assez proches. Au global, les salaires des femmes sont inférieurs à celui des hommes de 5 à 6%.

5 – Ah oui, il y a des scriptes et des monteuses, des costumières et des maquilleuses ! En effet les métiers du cinéma ne sont pas très mixtes !

Dans le cinéma et l’audiovisuel les métiers sont très « genrés », c’est à dire d’un côté les métiers de femmes et de l’autre des métiers d’hommes : les scriptes sont à 87% des femmes, les métiers de l’image sont à 76% des hommes, les maquilleurs sont à 97% des femmes, les machinistes à 97% des hommes….

 

  • 35 métiers sont majoritairement exercés par des hommes : dans l’ordre, les métiers du son, les métiers de l’image, les métiers des décors, les machinistes, les électriciens, les métiers des effets visuels, les métiers de la prestation technique, les métiers de la réalisation ;
  • 18 métiers exercés majoritairement pas des femmes : d’abord les métiers du maquillage, des costumes, de la coiffure, du casting, les responsables des ressources humaines, d’acquisition de programmes, de conseiller de programme, les responsables de production et enfin les scénaristes ;
  • 6 métiers pratiquement mixtes, au même niveau que la population active française (48/52) : les assistants à la réalisation, les collaborateurs d’émissions, les interprètes (donc les acteurs et actrices).

6 – Mais l’audiovisuel et le cinéma sont des secteurs que les femmes commencent à quitter dès 30 ans

Le cinéma et l’audiovisuel sont des secteurs que les femmes quittent plus tôt que les hommes et plus tôt que dans l’ensemble de l’économie française. Il y a donc une question de conditions de travail. Regardons ces deux pyramides des âges :

  • Le nombre de femmes comme le nombre d’hommes, augmente sur les tranches d’âges de 15 à 29 ans, mais elles sont à chaque âge un peu moins nombreuses que les hommes ;
  • A partir de 30 ans, le nombre de femmes dans le champ de l’audiovisuel baisse constamment;
  • Pour les hommes, la première baisse sensible se fait 10 ans plus tard, à partir de 40 ans.

7 – Oui pour les femmes et les hommes, le cinéma est un secteur dans lequel il n’est pas facile de stabiliser la pratique de son métier. Mais c’est plus dur pour les femmes !

L’étude récente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, « Inégalités entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture »[1] montre que « l’articulation des temps de vie professionnelle et personnelle est d’autant plus difficile dans le secteur culturel ». Ce rapport signale trois spécificités du secteur qui renforcent cette difficulté :

  • les horaires atypiques (les spectacles de jouent le soir, un tournage peut se faire de nuit, etc.) ;
  • « la culture du présentéisme et de l’irremplaçabilité » selon lesquels on pense que les personnes aux postes à responsabilité sont les seules à pouvoir représenter la structure dans laquelle elles travaillent ou le projet qu’elles mènent auprès des différents publics ou partenaires. Il en résulte l’idée que les postes à responsabilité et la maternité, par exemple, peuvent être difficilement conciliables ; c’est « un manque de gestion des ressources humaines »
  • Les structures culturelles étant très souvent de très petites entreprises (TPE), employant moins de 10 salarié.e.s, elles n’ont généralement pas de service dédié à la gestion des ressources humaines et sont donc dépourvues de cadre dans lequel penser les questions des temps de récupération, d’accès aux formations, de présence aux évènements, mais également de parentalité, etc.

8 – Et, le cas des femmes intermittentes du spectacle est présenté, dans cette étude, comme spécialement problématique : « rapidement, la quête des 507 heures travaillées devient difficiles pour les femmes qui ont des enfants et qui peuvent préférer se tourner vers un autre secteur et ce d’autant plus si le conjoint est aussi un intermittent »[2]

9 – En conclusion, il nous semble nécessaire de réfléchir sur les conditions d’exercice des métiers dans ces secteurs, sur les conditions de travail, les bonnes pratiques, etc. pour réduire ce désavantage des femmes dans ce secteur. Par ailleurs, les spécificités notées du secteur n’en sont pas vraiment. En effet, dans d’autres secteurs, la restauration, l’hôtellerie, le transport aérien, les médias… les horaires sont également atypiques. « La culture de l’irremplaçabilité » et la taille des entreprises est le cas de la majorité des entreprises françaises : (90% des entreprises françaises sont les petites entreprises).

10 – Nous sommes, je suis à votre disposition pour venir vous présenter ce portrait passionnant du secteur du cinéma qui, bien évidemment, ne se centre pas seulement, sur les hommes et les femmes.
Bon festival !