Le 6 mai 2014, BPI France annonçait son entrée au capital de Gédéon Media Group, le 22 avril, la banque d’investissement avait participé à une réunion au Ministère de la Culture et de la Communication pour faire un bilan de ses investissements dans ce secteur des médias. L’occasion de détailler les investissements de la banque publique dans les industries culturelles.

 

BPI France, « servir l’avenir » en comblant les failles du marché

BPI, à travers ses fonds « Patrimoine et création I et II» s’est donnée pour mission d’investir dans les entreprises créatives rentables et de préserver cet écosystème par des financements de projets. Son action consiste à couvrir les segments de marché trop peu financés par les acteurs privés : bon nombre d’entrepreneurs culturels ne savent pas où trouver des sources de financement suffisant afin d’assurer leur développement. BPI France a soulevé des fonds spécifiques afin de pallier cette carence du marché.

 

BIP France

Source: site BPI

 

Les 3 fonds dédiés aux industries culturelles et créatives

 « Patrimoine et création I » a été créé en 2005 et doté de 40 millions d’euros. Il finance les entreprises des secteurs de la musique, de l’édition, de la production audiovisuelle, du cinéma et des marques patrimoniales. Celui-ci est en cours de désinvestissement et la BPI a ouvert un 2ème fonds depuis 2010, « Patrimoine et création II », doté lui de 45 millions d’euros. Il assure la succession sur les mêmes segments et compte à ce jour 4 participations : Européenne de Marbre, Buffet Group, Centdegres et Gédéon Média Group.

 

Ces deux fonds interviennent sur des opérations d’investissement en fonds propres dans des PME françaises     «culturelles et patrimoniales » à la fois indépendantes (sans contrôle d’un industriel du secteur), matures et rentables (avec deux bilans bénéficiaires sur trois) et qui réalisent un chiffre d’affaires supérieur à 5 millions d’euros.

 

Le « Fonds pour les savoir-faire d’excellence » (FSFE), doté de 20 millions d’euros, est le dernier né des fonds de BPI. Il investit en capital développement en faveur des entreprises françaises détenant un savoir-faire rare, étant indépendantes, présentant un CA supérieur à 500.000 € et disposant d’un potentiel fort potentiel de développement. Cet investissement assure le développement et la pérennité de ces entreprises. Il se concentre sur les segments de la décoration, des arts de la table, de la culture, des loisirs, de la gastronomie.

 

Les investissements de BPI

Source: site BPI

BPI, c’est 117 millions d’euros sous gestion des trois fonds, avec plus de 900 dossiers reçus et près de 400 dossiers  étudiés depuis l’origine sur l’ensemble des secteurs couverts. C’est aussi un portefeuille actif représentant 1.300 emplois, 320 M d’euros de CA, plus de 54 M d’euros d’EBITDA cumulé.

 

 

Les garanties et investissements de BPIfrance dans les industries culturelles

Au regard des données publiées sur son site, BPI a investit depuis 2005 (date de création du fond I) dans 7 entreprises culturelles (hors luxe) soit en capital développement (Moonscoop, Savoir-faire, Médias-Participation) soit en capital de transmission (DMLSTV, TS3).

Moonscoop est un groupe français audiovisuel spécialisé dans la création et la commercialisation de marques pour la jeunesse, créé en 2003. Le groupe rassemble 2 maisons de productions d’animations, 2 studios d’animations, 1 opérateur-distributeur, 2 chaînes de VOD. BPI avait investit 4 millions d’euros pour aider le groupe à acquérir un producteur américain.

DMLSTV est une société de production de programmes de flux, essentiellement des variétés pour le prime-time (Génération 80, les 500 choristes, la chanson de l’année, etc.). Elle s’est diversifié depuis dans les programmes courts, BPI a investit à hauteur de 33% pour permettre le développement des nouveaux programmes.

TS3 est une société de diffusion de tournées d’artistes musicaux qui s’est élargie en 2000 à la production de spectacles musicaux, de théâtre et de One man show. BPI a investit à hauteur de 33% pour permettre de développer la société.

Media-Participation est un groupe d’édition, de presse, de production audiovisuelle et de logiciel de loisirs, créé en 1986, qui se place dans les premiers rangs des éditeurs français indépendants. BPI a investit 5 millions d’euros afin de permettre au groupe d’acquérir les éditions Dupuis (Spirou, Largo Winch etc.) en 2004.

CAP Cinema est le 5ème exploitant de multiplexes en France. Créée 2003, le groupe possède 101 cinéma dans 10 villes en France et réalise 3 millions d’entrées annuelles pour un CA de 22 M€[1]. BPI a investit à hauteur de 4 millions en 2008 pour permettre la poursuite du développement de multiplexes dans les villes de taille moyennes. En septembre 2013, BPI est sortie à la faveur de l’entrée de deux investisseurs dont les Fonds d’investissement Nexstage (6,4M€) et MI3, sur un tour de table total de 15M€.

Savoir-faire est un groupe au modèle de développement « 360° » dans la musique à travers des salles de concerts (Social Club, Silencio, Wanderlust), le spectacle vivant, la production et l’édition musicale (Birdy Nam Nam), Yuksek), le management d’artistes et le conseil pour les marques. BPI a investit à hauteur de 32% afin de permettre l’ouverture de lieux de diffusion culturelle.

Dernièrement, BPI a investit dans Gédéon Média Group, groupe audiovisuel dans la production et l’exploitation de documentaires.  Gédéon est à la tête d’un catalogue de 1 000 heures de programmes. Gédéon Média Group regroupe les sociétés Gédéon Programmes, créées en 1995, Docland Yard créée en 2011, et Bilboa Films. Gédéon est également actionnaire majoritaire de la société Terranoa. Ce groupe axe son projet de développement sur la production de programmes destinés aux nouveaux diffuseurs, sur le digital, les clientèles corporate et institutionnels ainsi que sur l’organisation d’événements.

 

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Le loup de l’affaire Moonscoop

Moonscoop a vu son antenne angoumoisine sous le coup d’un redressement judiciaire en été 2013. Les frères Di Sabatino concède que l’entreprise connaît des difficultés mais les principaux problèmes viendraient des actionnaires qui privilégieraient leur intérêt plutôt que ceux de l’entreprise… Parmi ces actionnaires, la BPI et ses fonds D&P PME[2] sont pointés du doigt par les salariés de la structure d’Angoulême. Ils accuseraient de lâcher l’entreprise en phase de difficulté. Dans la lettre à Ségolène Royale en juillet 2013, alors Vice-présidente du BPI et présidente de la Région Poitou-Charentes, on lit « Aujourd’hui la société Moonscoop est mise en péril à cause d’un conflit ouvert entre actionnaires. Parmi eux, la BPI, via ses fonds D&P PME et D&P PME IV (dans lesquels BPI dispose d’une participation à hauteur, respectivement, de 20% et 28%), semble jouer depuis plusieurs années un rôle trouble […] Nous avons le sentiment que les salariés ont été abandonnés dans une période périlleuse et que la BPI […] fuit ses responsabilités au lieu de s’affirmer dans la défense de la création culturelle et de l’emploi en France, ce qui est sa mission »[3].

C’est finalement Ellipsanime, société d’animation qui appartient au groupe Dargaud (Média-participation) qui a repris le catalogue de Moonscoop avec une offre à hauteur de 600.000 euros alors que les concurrents n’en proposaient que 250.000 euros[4].

 


[1] Source : http://www.cap-cine.fr/le-groupe/ chiffres 2012

[2] D&P PME IV vise principalement des entreprises françaises de taille intermédiaire : chiffre d’affaires de 5 à 150 millions d’euros, issues de tous les secteurs d’activité, qui sont confrontées à des étapes singulières : crise de trésorerie, crise de croissance, surendettement, départ d’un actionnaire, etc.

[3] source : http://www.lesechos.fr/27/01/2014/LesEchos/21613-105-ECH_le-studio-d-animation-moonscoop-repris-par-le-groupe-dargaud.htm